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10 juillet 2015 5 10 /07 /juillet /2015 17:04

 

L’E-Fan d'Airbus, premier avion 100% électrique

à traverser la Manche

 

Par Claude Soula

 

VIDEO. "C’est un début, le début d’une très grande innovation", a confié Jean Botti, directeur technique d'Airbus, qui a piloté le projet.

 

11 heures du matin, aérodrome de Marck, prés de Calais. Ce vendredi 10 juillet va rester dans l’histoire : un petit avion blanc vient de se poser sans faire un bruit. A peine le murmure d’un ventilateur. Voilà la révolution électrique appliquée à l’aviation : le premier E-Fan d’Airbus vient de traverser la Manche en 40 minutes, à 140 km/h environ. Le pilote Didier Esteyne a réussi son rêve. Il succède à Louis Blériot, qui fut le premier pilote à traverser la Manche en juillet 1909, il y a 106 ans de ça...même s'il fait griller la politesse quelques heures avant, par Hugues Duval, qui utilisait le Cricri, à simple moteur électrique " un modèle qui a besoin d'aide au décollage" selon les responsables officiels d'Airbus, qui considèrent ainsi être les premiers à réussir intégralement l'exploit. "Nous sommes les seuls à réussir intégralement en propulsion électrique". De quoi alimenter les polémiques parmi les pilotes de loisir pour longtemps, d'autant qu'un autre avion, le Alpha Electro de Pipistrel était prêt aussi à relever le gant mais a laissé Airbus passer en premier !

Pour réussir ce nouveau type de propulsion, Airbus s’est mis en mode "start-up" et a prouvé que l’immense entreprise pouvait aussi être très agile. Une toute petite équipe, au fonctionnement ultra-léger, a lancé le projet E-Fan en 2012 et qui a abouti au succès en 18 mois seulement : le premier vol a eu lieu à Bordeaux Mérignac le 11 mars 2014. Depuis, 105 autres vols – sur 50 heures en tout - ont eu lieu. Le passage de la Manche n’est donc qu’une démonstration de plus de ce nouveau savoir-faire.

En aéroclubs pour commencer

Pour Airbus, il s’agit encore d’apprendre : les gros porteurs électriques ne sont pas pour demain. On les attend pour 2050, si on est optimiste. Le monoplace E-Fan est un avion de 500 kilos, il mesure 6,67 mètres de long et 9,50 mètres d’envergure. Il ne peut voler qu'une heure environ. On est donc loin de la version électrique de l’A380. Ce petit modèle, qui sera construit à Pau, sera vendu sous une nouvelle marque, "Voltair", et non Airbus, car son marché est spécifique : il vise les aéroclubs et écoles de pilotage, dès 2017.

Il sera vendu 200.000 euros, au lieu de 150.000 pour un avion à moteur thermique. Plus cher à l’achat, certes, mais le plein d’électricité ne coûtera que 2 euros. Agnès Paillard, directrice générale de Voltair, explique : 

Nous espérons faire passer le coût d’utilisation de 150 euros pour un avion thermique à 90 euros l’heure pour notre modèle."

L’E-Fan sera d’abord fabriqué à une cadence de 10 par an, et montera à 80. Et grâce à lui, un nouveau pôle d’excellence et d’innovation va se développer à Pau.

Au delà de l’exploit technique, sa grande qualité est son silence. Les responsables chez Airbus expliquent : 

Aujourd’hui, les aéroclubs sont limités dans l’usage de leurs avions : les riverains ne veulent pas de bruit. Notre modèle pourra leur permettre d’étendre leurs heures d’ouverture, et d’amortir ainsi plus facilement les investissements."

On n’est donc pas dans le rêve mais dans la rationalité économique, qui se trouve être en prime écologique.

 

Didier Esteyne, du Cricri à l'E-Fan

Derrière cette réussite, il y a la volonté d’un homme : le pilote Didier Esteyne, fils de militaire âgé de 56 ans. Il pense à l’objet depuis 1984 : il avait alors conçu un petit "Cricri" électrique, mais les batteries ne donnaient que 13 minutes d’autonomie.

Pour l’E-Fan, il a travaillé avec la maison Airbus, sous la houlette du directeur technique Jean Botti, très impliqué, mais aussi des partenaires tels que Daher, Siemens, le CEA, Safran ou Zodiac. Car l’E-Fan est un concentré de technologie : le cockpit est connecté, les batteries sont installées dans les ailes de l’avion, et toute l’intelligence est glissée dans le "superviseur" placé dans le nez de l’avion. 

Le premier grand vol s’est passé sans anicroche : "Il n’y a eu aucun problème" a dit Esteyne  en sortant du cockpit. Quant à Jean Botti, le directeur d’Airbus, il voit déjà l’avenir :

C’est un début, le début d’une très grande innovation."

Et une bonne nouvelle aussi pour l’aéronautique française, et ses milliers de salariés qui restent ainsi à la pointe des innovations.

Claude Soula

 

voir ici : http://tempsreel.nouvelobs.com/economie/20150710.OBS2453/l-e-fan-d-airbus-premier-avion-100-electrique-a-traverser-la-manche.html

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Published by radicalisme-finisterien - dans Ecologie Economie
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