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17 novembre 2015 2 17 /11 /novembre /2015 17:09

IL faudra poser aussi la question du financement de Daesh,  Une des actons à mener sera de bien cerner  les réseaux financiers des terroristes  et de tarir les sources. Les banques vont devoir être surveillées, il ne faudrait tout de même pas s'apercevoir que l'évasion fiscale  serve les interêts terroristes.

 

 

Qui fait la guerre à qui, à quoi et comment?

Moisés Naím Traduit par Micha Cziffra - Monde  pour WWW.Slate.fr

 

Nouvelles causes, nouveaux combattants, nouvelles armes : les actes de guerre ne sont plus l’apanage des États.

Autrefois, elles opposaient des tribus, des cités, des empires ou des pays. Mais aujourd’hui, qui fait à la guerre à qui? Ledit «État islamique» a déclaré la guerre aux États, aux religions et aux sectes. Ainsi qu’à des organisations comme al-Qaida, le Hamas, le Hezbollah et les talibans. Mais qu’est-ce au juste que l’«État islamique»? Malgré ses tentatives de passer pour un État et de remplir des fonctions qui incombent d’ordinaire à des gouvernements, l’EI (ou Daesh) n’a rien d’un État. Difficile à classer dans une catégorie précise, il s’agit d’une organisation islamiste non gouvernementale, militarisée et terroriste. Qui est du reste apatride.

 

Une «armée terroriste» fait la guerre à des valeurs

En réaction au carnage perpétré à Paris ce vendredi 13 novembre 2015, le président Hollande a déclaré:

«C’est un acte de guerre qui a été commis par une armée terroriste (…)»

Si les actes de guerre étaient jusqu’ici l’apanage des États-nations, cette époque est manifestement révolue. On assimilait les terroristes à des «groupes» ou à des «organisations». Maintenant, plus seulement.

Témoignant sa solidarité, le président Obama a déclaré:

«[Ces actes terroristes] ne sont pas seulement une attaque contre Paris, [mais] une attaque contre toute l’humanité et nos valeurs universelles. »

De ce point de vue, les cibles parisiennes ne représentaient pas un État-nation et ses citoyens, mais un ensemble de principes et de convictions. A l’évidence, nous avons besoin d’une nouvelle langue pour comprendre ce qui se passe. Plus d’une décennie après les attentats menés aux États-Unis le 11 septembre 2001, les idées sur la nature de la menace, ses causes, et le meilleur moyen de la combattre sont confuses; elles suscitent par ailleurs des débats aussi vifs que peu concluants.

 

Bombes artisanales, drones, cyber-attaques et kamikazes

Ce siècle a vu l’apparition de nouvelles formes de conflits armés et de combattants, mais aussi des techniques qui ont transformé les armes les plus fréquemment utilisées pour faire un maximum de victimes et de dégâts. Explosifs «faits maison», drones, cyber-attaques et kamikazes sont devenus les armes les plus courantes, les plus perturbatrices et les plus mortelles dans les conflits modernes.

Comme chacun sait, le recours à des auteurs d’attentats-suicides n’est pas nouveau. Durant la Seconde Guerre mondiale, par exemple, 3.860 pilotes militaires japonais, les «kamikazes» originels, ont mené des missions-suicides en tentant d’écraser leur avion sur les navires ennemis (seuls 19% y sont parvenus). Par contraste, entre 1981 et juin de cette année, 4.620 attentats-suicides ont tué 45.000 personnes. Ce bilan s’alourdit aujourd’hui avec, entre autres, les victimes du massacre parisien.

 

Une arme de plus en plus utilisée et qui s’est avérée d’une efficacité redoutable est l’engin explosif improvisée

Une arme de plus en plus utilisée et qui s’est avérée d’une efficacité redoutable est l’engin explosif improvisé. Il s’agit d’une bombe artisanale que les criminels posent généralement dans un lieu très fréquenté et déclenchent à distance via un téléphone portable ou une simple télécommande de porte de garage. Ces bombes s’apparentent au fond à des mines terrestres, des armes de guerre qui font depuis longtemps partie de l’arsenal militaire de tous les pays. Pendant la Seconde Guerre mondiale, elles n’ont contribué aux pertes militaires américaines qu’à hauteur de 5%, mais dans les guerres d’Irak et d’Afghanistan, l’écrasante majorité des GI tombés au combat ont été tués par ces armes. Depuis quelque temps, les engins explosifs improvisés ne sont plus seulement enfouis à proximité d’une route et déclenchés par télécommande au passage d’une voiture ou d’une troupe de soldats. Sanglées autour du corps d’un kamikaze moderne, ces bombes artisanales deviennent des armes dévastatrices et efficaces.

Autre arme qui est venue transfigurer la guerre du XXIe siècle: les drones, ces aéronefs non habités et pilotés à distance. La plupart des cadres d’al-Qaida, des talibans et de Daesh qui ont été tués [par les États-Unis, NDLR] ont été frappés par des missiles de drones militaires. Si à l’heure actuelle les principaux utilisateurs de drones armés restent les armées ultra-modernes de certains pays –au premier rang desquels les États-Unis– , ce n’est qu’une question de temps pour que des groupes terroristes se procurent des drones armés. Regrettablement, l’association engins explosifs improvisés et drones constitue une nouvelle arme puissante pour les partisans de la terreur.

Enfin, la cyberguerre. De nos jours, presque toutes les forces armées du monde disposent de ressources humaines et matérielles dédiées à la défense de leur pays contre des cyber-attaques, à l’espionnage et aux cyber-attaques contre d’autres États. De leur côté, les terroristes ont aussi appris à se servir d’Internet pour financer et coordonner leurs opérations, recruter dans le monde entier et lancer d’efficaces campagnes de propagande.

 

Armes en vente sur le Web et candidats au suicide

Ces quatre types d’armes qui ont changé le visage de la guerre ont ceci en commun qu’elles ne sont plus réservées aux gouvernements. Fini le temps où les armes les plus meurtrières étaient contrôlées par les armées professionnelles de certains États. Vous pouvez acheter un drone sur le Net ou y trouver un manuel de fabrication d’une bombe artisanale. Et si vous pouvez le faire, les terroristes aussi. De surcroît, certaines organisations terroristes ont des recrues prêtes à se suicider, une arme dont ne disposent pas les armées des démocraties contemporaines.

Les pratiques dans de multiples domaines de l’activité humaine – héler un taxi dans la rue ou réserver une chambre d’hôtel, par exemple –ont bien évolué. La guerre, qui n’échappe pas à ce phénomène d’évolution, est perturbée par des groupes et des individus qui allient technologies, nouvelles stratégies et nouvelles formes d’organisation. De sorte que sa nature même s’en voit radicalement modifiée.

Cela signifie-t-il que les terroristes bénéficient d’avantages qui leur assureront une victoire à long terme? Certainement pas! Mais pour les neutraliser et veiller à ce que des attaques comme celles qui viennent de frapper Paris ne se reproduisent pas, les démocraties devront changer radicalement leur approche de la guerre, des combattants, des armes, du renseignement et de l’espionnage. Pour enfin réussir à perturber les perturbateurs.

Moisés Naím

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Published by radicalisme-finisterien - dans Politique Sécurité
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