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9 mai 2016 1 09 /05 /mai /2016 13:42
Réchauffement climatique - Incendies - Canada - Gérard Le Puill

Ce que nous disent les feux de l’Alberta

Les images spectaculaires de l’incendie qui continue de s’étendre autour de Fort McMurray, devraient faire réfléchir les décideurs politiques du monde entier sur les enjeux liés au réchauffement climatique. En France, il n’en est rien cinq mois seulement après la conférence de Paris sur le climat.

Depuis le premier jour de ce mois de mai, l’incendie qui ravage la province canadienne de l’Alberta autour de Fort McMurray continue d’avancer. Il aurait brûlé plus de 160.000 hectares de forêts et détruit plus de 1.600 maisons ainsi que de nombreux véhicules ; la protection des biens des ménages étant peut-être moins bien assurée que celle des installations pétrolières. On parle déjà d’un coût de 9 milliards de dollars canadiens pour les assurances, soit environ 6 milliards d’euros. Dans la journée du 8 mai, la progression du feu s’est un peu ralentie en raison de l’arrivée de quelques pluies dans une région ou il n’avait pas plu depuis deux mois tandis qu’une température anormalement élevée pour cette période de l’année a transformé la végétation des sous bois en combustible prêt à s’enflammer à la moindre étincelle.
Si de nombreuses questions demeurent sur l’origine accidentelle ou criminelle des départs de feux au Canada comme dans les commentaires de la presse étrangère, il existe un manque évident de curiosité sur la signification profonde de cet incendie en ce début du XXIème siècle marqué par le réchauffement climatique. Il intervient moins de cinq mois après la conférence de Paris sur le climat. Mais le message essentiel de cette conférence semble oublié depuis par les décideurs politiques de notre pays et par ceux et celles qui aspirent à prendre leur place dans un an, suite aux élections de 2017. Or ce type d’incendie doit beaucoup au réchauffement climatique et risque de devenir fréquent dans les prochaines décennies.
Selon la chercheuse canadienne Sylvie Gauthier, le phénomène climatique El Nino, qui modifie le cycle des courants marins et donc le climat sut terre, « crée en ce moment des conditions chaudes et sèches sur le nord-ouest du Canada. Ces hautes pressions stagnantes créent un système propice au feu». Le Canada n’est pas seul à subir les conséquences néfastes d’El Nino Les récoltes en denrées de base vont être catastrophiques cette année dans plusieurs pays africains. En Inde et dans d’autres pays d’Asie, les récoltes de canne à sucre et de riz seront également en baisse et les cours mondiaux du sucre ont déjà augmenté de 25% ces dernières semaines. S’il n’y avait pas un stock mondial de blé conséquent suite à trois grandes années consécutives de bonnes récoltes dans les grands pays producteurs, nous serions probablement en proie à la spéculation sur cette denrée cette année.
Les feux non maîtrisés de l’Alberta sont un signe avant coureur de ce que vont être les insécurités du XXIème siècle. Assurer des récoltes régulières sera plus difficile dans une majorité de pays en raison des sécheresses comme des autres aléas climatique que seront les tempêtes et les inondations de plus en plus fréquentes. Disposer de l’accès régulier à l’eau potable est déjà de plus en plus compliqué dans un nombre croissant de pays en raison des sécheresses et , plus encore, de la pression exercée sur la ressources dans le cadre d’un recours toujours croissant à l’eau encore disponible dans les nappes souterraines.
L’incendie qui ravage l’Alberta nous pose indirectement toutes ces questions. Mais ces questions n’ont provoqué que de l’indifférence depuis une semaine chez les responsables politiques français qui se sont exprimé ces derniers jours. François Hollande a profité du 8 mai pour dire au bon peuple que « nous avons bien redressé le pays depuis quatre ans», avec 650.000 chômeurs de plus au bas mot. Macron a parlé de Jeanne d’Arc en guise de projet pour 2017. Sur RTL, Nathalie Kosciusko-Morizet s’est déclarée « navrée de voir comment la droite renie aujourd’hui son bilan sur l’écologie et le Grenelle de l’environnement ». De bilan, la droite n’en a pourtant pas dans ce domaine, pas plus que de projet. En témoignent les livres écrits en guise de programme par François Fillon et Bruno Le Maire : pas une seule ligne sur les enjeux liés au réchauffement climatique.
D’ici un an, les pays membres de l’Union européenne devront avoir ratifié l’accord de Paris sur le climat. Ce qui suppose un accord préalable des 28 pays membres de l’Union sur la part de chacun s’agissant des réductions de gaz à effet de serre comme contribution pour tenter de contenir le réchauffement à +2°C par rapport à la fin du XIXème siècle avant la fin du siècle en cours. En gros, cella suppose de diviser par quatre les émissions de chaque pays. Chez nous cela implique de diviser aussi par quatre la circulation sur route, de diviser d’autant la consommation énergétique des logements et des bureaux, de généraliser l’agro-écologie dans la production agricole. Il faut, de plus, prendre des dispositions pour adapter notre pays aux difficultés nouvelles induites par le réchauffement qui , quoique l’on fasse , risque d’être supérieur à 2°C quand les enfants nés au début de ce siècle seront des retraités. On ne voit rien de tout cela se dessiner en France et en Europe.
 
GÉRARD LE PUILL

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Published by radicalisme-finisterien - dans Ecologie International
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