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28 juin 2016 2 28 /06 /juin /2016 18:56

Débat sur le Brexit

 

28 juin 2016 – Roger-Gérard Schwartzenberg est intervenu dans l’hémicycle lors du débat organisé à la suite du référendum au Royaume-Uni débouchant sur la sortie de ce pays de l’Union européenne.

DÉBAT SUR LE BREXIT

INTERVENTION DE ROGER-GÉRARD SCHWARTZENBERG

PRÉSIDENT DU GROUPE RRDP

ASSEMBLÉE NATIONALE, 28 JUIN 2016

Au fil des décennies, l’Angleterre dans l’Europe, ce fut d’abord une espérance, puis une réalité. Désormais, ce sera une nostalgie. Nostalgie parce que personne ne peut oublier l’extrême courage de la Grande-Bretagne en 1940 avec Churchill en lien avec la France libre.

Les Radicaux ont toujours été profondément attachés à l’Europe. Cet espace de paix, de fraternité. Et c’est d’ailleurs un radical, Maurice Faure, qui eut l’honneur de signer le Traité de Rome au nom de la France.

Pendant longtemps, l’Europe a apporté des progrès très réels aux pays qui la composent. Et ce dans plusieurs domaines : croissance économique, marché unique, politique régionale avec les fonds structurels, politique de recherche et développement, culture, éducation (avec notamment Erasmus), protection de l’environnement, etc.

Mais la crise a provoqué un changement de perspective, de perception. Désormais, l’Europe a souvent une autre image.

Aujourd’hui, d’un bout à l’autre du continent, le nationalisme et le populisme progressent. Pas seulement dans certains pays d’Europe de l’Est comme la Hongrie. Mais aussi dans de grandes démocraties, comme le Royaume-Uni ou les Pays-Bas.

Ses porte-parole s’appellent Viktor Orban, Boris Johnson ou Geert Wilders.

Partout, le même discours. Partout, les mêmes arguments simplistes, voire fallacieux. Partout, le même nihilisme pour détruire plutôt que pour construire. L’europhobie est devenue la forme nouvelle de la xénophobie. Avec des campagnes fondées sur le refus d’autrui, sur le rejet de l’étranger, stigmatisé, rendu responsable de toutes les difficultés.

Alors, la roue de l’histoire va-t-elle tourner à l’envers ?

Va-t-elle nous ramener vers l’Europe d’autrefois ? Désunie, divisée, dissociée.

Y aura-t-il contagion des nationalismes en Europe, de proche en proche ?

Le risque est grand. Et, pour l’éviter, il faut que l’Europe redevienne vraiment elle-même. Pour retrouver la faveur qu’elle a perdue ces dernières années par son action parfois peu efficace, voire peu équitable.

La crise actuelle est très préoccupante. Mais elle peut être aussi l’occasion d’une refondation, d’un retour aux principes essentiels.

Démocratie

Pour retrouver la confiance des peuples, l’Europe doit incarner – ou réincarner – un modèle de démocratie.

Car, pour ses fondateurs, l’Europe, ce n’était pas seulement un Marché commun. C’était aussi, c’était surtout une communauté de valeurs, des idéaux partagés, un modèle de société.

Aujourd’hui, dans cette décennie si troublée, l’Europe doit réaffirmer plus que jamais ses valeurs de liberté, de tolérance et de solidarité. Car il n’y a pas de politique sans éthique.

La Charte

Chacun le sait bien. Il y a une alliance naturelle entre l’Europe et les droits de l’homme. Cette alliance s’est d’ailleurs inscrite dans les traités.

En 1997, le Traité d’Amsterdam prévoit déjà la suspension du droit de vote au sein du Conseil d’un État membre coupable d’une violation grave et persistante des droits fondamentaux.

Par ailleurs, la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, proclamée au Sommet de Nice en 2000, a été annexée au Traité de Lisbonne de 2007. Elle comporte désormais pour les États la même force juridique contraignante que les traités. Elle les oblige de la même manière.

Les six chapitres de cette Charte s’intitulent « dignité, liberté, égalité, solidarité, citoyenneté, justice ». De grands principes pour une vraie démocratie.

Chaque État de l’Union européenne doit appliquer effectivement ces principes et respecter réellement ces droits essentiels.

Or, l’Union européenne est-elle toujours assez vigilante à cet égard ? On peut en douter. Quand on voit, par exemple, en Hongrie la manière dont M. Viktor Orban traite les migrants ou s’attache à placer le pouvoir judiciaire sous contrôle.

A fortiori, les États candidats à l’adhésion doivent respecter les droits fondamentaux s’ils veulent pouvoir accéder à l’Union européenne.

Pourtant, à l’évidence, ce n’est pas le cas de la Turquie de M. Erdogan. Avec de nombreuses atteintes à la liberté d’information, à la liberté de la presse. Avec des procès systématiques contre les journaux d’opposition. Avec l’interdiction d’émettre pour certaines chaînes de télévision.

De plus, M. Erdogan semble remettre en cause le principe essentiel d’égalité des hommes et des femmes dans certains de ses discours.

Face aux dérives de certains États membres ou candidats à l’adhésion, l’Union européenne ne peut rester relativement silencieuse ou peu active. Car c’est la démocratie qui est en cause. Et sans la démocratie, l’Europe ne serait plus vraiment elle-même.

LA FORCE MOTRICE

De manière plus générale, la France, pays fondateur de la Communauté européenne, a un rôle important à jouer pour contribuer à donner à l’Europe un nouvel élan.

Parmi les 27 États membres que compte maintenant l’Union européenne, tous n’ont pas la même volonté – ou la même possibilité – d’agir, de bâtir ou de progresser au même rythme.

Au sein de ce vaste ensemble, un groupe plus restreint de pays pourrait jouer le rôle de « force motrice », de force d’entraînement pour aller de l’avant.

Ce groupe comporterait notamment les pays fondateurs, dont le couple franco-allemand, qui agiraient un peu comme des « nations locomotives » dans certains secteurs.

Pour cela, pour que ceux qui veulent avancer avancent, utilisons davantage le mécanisme de la « coopération renforcée » dans tel ou tel domaine d’action. Cela permettra de nouvelles initiatives, de nouvelles impulsions.

L’article 20 du Traité de l’Union européenne prévoit le cas des États membres qui, je cite, « souhaitent instaurer entre eux une coopération renforcée », « visant à favoriser le processus d’intégration. »

Une coopération renforcée nécessite qu’au moins 9 États y participent. Mais les coopérations renforcées sont ouvertes à tout moment à tous les États membres.

Au lieu d’une Europe uniforme, mieux vaut peut-être une « Europe différenciée », où certains membres, plus dynamiques, ouvriraient la voie. En allant plus loin et plus vite.

LA CROISSANCE, L’EMPLOI

La Commission Barroso a donné une image très contraignante de l’Europe, en étant arc-boutée sur l’application quasi mécanique des critères de Maastricht et sur la réduction très rapide des déficits publics. Quitte à freiner l’activité et l’emploi.

Ce dogmatisme a donné l’impression d’une Europe carcan, qui impose avec autorité de fortes entraves et une politique de rigueur parfois excessive.

La Commission a changé, mais l’image est restée.

Même si son nouveau président, Jean-Claude Juncker, a déclaré qu’il fallait en finir avec un traitement exclusivement « austéritaire » de la crise.

Il est très nécessaire de réorienter davantage l’Europe vers la croissance et l’emploi, qui est la préoccupation principale des citoyens européens. Notamment par un grand programme d’investissements, par des projets d’avenir.

Par ailleurs, si l’Europe se préoccupe de la convergence budgétaire, de la convergence économique, elle semble moins se préoccuper de la convergence sociale.

Certes, l’Europe intervient en matière de politique sociale. Mais ce que l’on attend surtout, c’est une harmonisation par le haut des normes sociales des États membres.

Sinon, le dumping social se maintiendra. Et, avec lui, une prime inéquitable aux pays qui ont le plus faible niveau de protection sociale.

Après tout, puisqu’il y a un Traité budgétaire européen, pourquoi n’y aurait-il pas aussi, un jour, un « Traité social européen » ?

Protection

Enfin, dans la période troublée que nous connaissons, avec la montée des conflits et des terrorismes, l’Europe doit aussi agir pour préserver la sécurité face aux nombreuses menaces. Dans un environnement stratégique devenu très difficile.

Au fond, à côté des objectifs économiques et sociaux, l’Europe doit aussi agir pour faire face à des impératifs de type « régalien ». La Défense. La Sécurité. Le contrôle des frontières extérieures de l’Union. La coordination accrue de la lutte contre le terrorisme.

Désormais, l’Europe doit aussi apparaître comme l’Europe qui protège dans un monde de plus en plus incertain.

Un autre destin

L’Europe peut retrouver confiance en elle-même. Si elle modifie ou améliore certaines de ses politiques, qui ont pu décevoir. Si elle invente, si elle innove. Alors, elle peut avoir un autre destin.

Elle peut redevenir une zone de progrès économique et social. Et  aussi un espace de solidarité et de fraternité. À l’écoute et au service des peuples qu’elle rassemble.

Chacun souhaite une Europe plus forte et plus humaine. On dira que c’est une utopie. Mais, alors, il faut le redire avec Victor Hugo : « L’utopie, c’est la vérité de demain. »

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Published by radicalisme-finisterien - dans Politique Europe
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