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20 septembre 2016 2 20 /09 /septembre /2016 12:52
 
 
La solidarité est l'un des fondements du pacte républicain français,
 
Axelle Brodiez-Dolino Historienne et chercheuse au CNRS 
 
"La solidarité est l'un des fondements du pacte républicain français, au même titre que l'école ou la laïcité. Elle n'a même fait que se développer depuis les années 1880, sous des formes tout à la fois assurantielles (retraite, Sécurité sociale...) et assistantielles (allocation handicapés, RMI, RSA, CMU, etc.).
 
Loin d'être parachevée, car constamment à réinventer, elle demeure aujourd'hui des plus nécessaires, dans un contexte d'importance du chômage et de la pauvreté, de précarité de l'emploi, d'intégration défaillante de certaines catégories sociales.
 
Nombre de signaux montrent pourtant sa remise en cause. Ainsi les discours, souvent fallacieux, de stigmatisation de «l'assistanat», alors même qu'il est de notoriété publique que la France manque depuis plus de quarante ans d'emplois.
 
Une tendance croissante à considérer les plus démunis comme responsables de leur situation, alors qu'il relève de l'évidence que de «pauvres conditions» (faiblesse des revenus, exiguïté et dégradation des logements, défaut de modes de garde stimulants pour les enfants, parents peu armés pour aider dans le parcours scolaire...) ne peuvent qu'induire une reproduction générationnelle contre laquelle il relève de la gageure de lutter seul. Une réticence intense à l'accueil des réfugiés.
 
En haut de la pyramide sociale, un tropisme à l'évasion fiscale. A droite comme à gauche, une acceptation du re-creusement des inégalités depuis les années 1990, alors même que les chiffres montrent que les sociétés occidentales les moins inégalitaires sont aussi les plus heureuses, car sans doute les plus pacifiées. A rebours de ces crispations, il conviendrait plutôt d'aider à briser un double cercle vicieux. Celui, individuel, de la reproduction générationnelle de ces «pauvres conditions», via des politiques davantage pensées en termes «d'investissement social», à l'instar de l'Europe scandinave : car développer des modes de garde performants ou élever le niveau de qualification des jeunes permet à terme de mieux lutter contre la précarité et le chômage, et minimise par ricochet tant les «dépenses passives» (allocations) que les «coûts induits» de l'exclusion (problèmes de santé, délinquance, etc.).
 
Mais briser aussi le cercle vicieux, sociétal, des mentalités, des «idées fausses sur les pauvres et la pauvreté» qui engendrent un regard social hostile et dès lors des «fractures» sociales, économiques, culturelles et politiques, qui elles-mêmes entretiennent des attitudes délétères.
 
La solidarité ne saurait donc être une utopie facultative. Devoir social, elle est aussi une attitude rentable (économiquement, mais aussi politiquement, en atténuant ressentiments et extrémismes), qui rend possible le vivre ensemble. Et les millions de bénévoles de France montrent qu'on peut même prendre plaisir à forger une société de demain plus harmonieuse et apaisée."
 
Axelle Brodiez-Dolino Historienne et chercheuse au CNRS 
Source : Libération 
Pays : France
 
Un texte mis en alerte : par Emilie Marchès-Ouzitane, PRG 33, merci à elle.

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Published by radicalisme-finisterien - dans Politique Idées
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