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30 novembre 2016 3 30 /11 /novembre /2016 17:39

Discours d’Annick Girardin à Paris

ouverture des XXIe Etats Généraux des élus locaux contre le SIDA

Le 29 novembre 2016

 

Monsieur le président de l’Assemblée nationale,

Mesdames et messieurs les élus,

Monsieur le Président, cher Jean Luc Romero-Michel,

 

L’épidémie du sida a transformé nos sociétés. Elle a bouleversé nos représentations de la santé, en particulier grâce à l’engagement profondément novateur d’associations de patients : « Rien sans nous », ce mot d’ordre des associations a lancé le mouvement d’émancipation des citoyens en santé que nous appelons « démocratie sanitaire ».

L’enjeu, c’est la démocratie et la participation, et si nous sommes réunis ici, c’est pour répondre à la question qui nous est collectivement posée par ces XXIe Etats généraux des élus locaux contre le SIDA : « Et si ma collectivité s’engageait un peu plus ? ».

Cette question est légitime. Elle interroge les moyens d’action des acteurs publics mais pas seulement. Elle questionne aussi notre volonté politique et notre faculté à impulser un mouvement de grande ampleur face à une épidémie qui, aujourd’hui encore, touche chaque année des milliers de Français. J’ai la conviction profonde que la lutte contre le SIDA est un combat dans lequel les élus doivent prendre toute leur part.

Mais avant d’aller plus loin, j’aimerais adresser ma reconnaissance aux élus locaux engagés dans ce combat, à ces plus de 16 000 élus qui luttent pour un meilleur accès au dépistage et aux soins. Je pense aussi aux personnels médicaux qui accompagnent les malades et font progresser la recherche.

Je salue également la mobilisation du réseau associatif sans qui rien ne serait possible. Un réseau qui sensibilise aussi bien l’opinion que les pouvoirs publics dans la lutte contre le VIH. Un réseau qui intervient au quotidien au plus près des besoins des personnes qui vivent avec le VIH, au plus près aussi des personnes qui y sont le plus exposées et dont la vulnérabilité doit être accompagnée.

Enfin, je souhaiterais rendre un hommage appuyé au président des élus locaux contre le SIDA, Jean-Luc Roméro-Michel, qui, depuis tant d’années, n’a jamais cessé de militer pour cette cause qui concerne chacun d’entre nous.  

Depuis des décennies, votre organisation s’est affirmée comme un acteur majeur de la lutte contre le SIDA. Vous avez été en première ligne dans le combat contre la maladie par votre militantisme et votre engagement sans faille. Vous avez su mobiliser et faire travailler ensemble tous les acteurs.

Grâce à vous, la France a toujours été aux avant-postes de la mobilisation contre cette épidémie.

 Mais aujourd’hui, le VIH continue de frapper dans notre pays : 6 000 à 7 000 nouvelles contaminations par an. Le combat doit donc toujours s’intensifier.

Le rôle des élus, c’est de mettre en œuvre des politiques de long terme pour endiguer et faire reculer davantage ce fléau.

Le rôle des élus, c’est de pérenniser les dispositifs qui ont fait leur preuve. C’est de poursuivre sans relâche le travail de sensibilisation auprès de tous les Français. 

En définitive, c’est d’offrir aux citoyens des leviers d’action d’un bout à l’autre de la chaine, de la prévention aux soins en passant par la formation des agents publics et la lutte contre les discriminations.

Car la lutte pour faire reculer le SIDA se joue sur ces différents niveaux. Vous, Jean-Luc Romero-Michel, avez été un pionnier en France de cette compréhension globale de la vulnérabilité face au VIH : une vulnérabilité qui tient à des causes épidémiologiques bien- sûr, mais aussi sociales et politiques, liées à la stigmatisation et à la discrimination.

J’en profite pour rappeler que la France est le deuxième donateur du Fonds mondial contre le SIDA et n'a cessé de jouer un rôle de précurseur dans les domaines de la recherche scientifique, de la promotion des droits de l'Homme et des services aux personnes touchées par le VIH. 

Le Gouvernement français a par ailleurs annoncé en juin dernier qu'il contribuerait à hauteur de 1,08 milliard d'euros au financement du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme pour les 3 années qui viennent.

Cet engagement de la France est reconnu sur le terrain par les acteurs de la lutte et les populations touchées. J'ai pu le constater en tant que secrétaire d'état au développement au cours de mes nombreux déplacements en Afrique et particulièrement en Côte d'Ivoire en avril 2015

 

Le dépistage et la prévention

Le premier chantier sur lequel nous devons poursuivre nos efforts, c’est évidemment celui de la prévention qui est au cœur de la réponse sanitaire.

Certaines populations demeurent fortement vulnérables face au risque de contamination. C’est le cas notamment des migrants, en particulier originaires d’Afrique subsaharienne ; c’est le cas de nos DOM où l’incidence demeure très élevée ; et c’est surtout le cas des hommes ayant des relations sexuelles avec les hommes[1], qui continuent de payer le plus lourd tribut à l’épidémie en termes de nouvelles infections chaque année.

Face à ces données, nous devons être clairs : la prévention passe bien sûr par une meilleure information du grand public sur tout le territoire mais elle requiert surtout un effort massif pour développer l’accès au dépistage rapide. Plus le dépistage serait effectué tôt, plus nous serons en mesure d’agir efficacement.

Comme le dit souvent Jean Luc Romero-Michel : « connaître sa séropositivité est déjà un acte de prévention ». Je partage ses propos.

 

Les discriminations

Le deuxième axe sur lequel il est impératif d’avancer, c’est bien sûr la lutte contre toutes les formes de stigmatisations liées au VIH. Et si les avancées ont été nombreuses sur ce plan, il faut poursuivre ce travail de déconstruction des clichés et des stéréotypes vis-à-vis des séropositifs.

Car protéger de la maladie, c’est aussi protéger des regards stigmatisants.

Je ne peux que regretter que les préjugés autour des séropositifs soient encore trop nombreux.

C’est donc le rôle de chacun, et particulièrement à nous, élus de la République et responsables politiques, d’être exemplaires et de combattre à chaque fois qu’il le faudra les propos injurieux et les comportements inégalitaires à l’encontre des personnes porteuses du VIH ou de ceux qui y sont particulièrement exposés du fait de leur orientation sexuelle ou de leur origine géographique notamment.

L’homophobie est une réalité dans notre société. La censure récente dont une campagne publique de prévention a fait l’objet nous en apporte une preuve cinglante. Dans notre pays, en 2016, des maires censurent des affiches sur lesquelles on voit un couple d’homosexuels incités à prévenir leur exposition au VIH par tous les moyens.

Je suis fière, pour ma part, d’appartenir à un gouvernement qui se montre déterminé pour diffuser, par une campagne publique de grande ampleur, des messages clairs à destination des hommes ayant des relations sexuelles avec les hommes : pour nous, c’est clair, être efficace contre l’épidémie doit primer, et nous ne nous laissons pas freiner par je ne sais quels tabous ou stéréotypes d’un autre âge. 

Les mesures prises par le ministère de la Fonction publique

La lutte contre le SIDA, c’est aussi la lutte contre l’homophobie et les discriminations liées à l’identité sexuelle. Le ministère de la Fonction s’est engagé à prendre des mesures fortes sur ce point.

Le 27 octobre dernier, j’ai rencontré une représentation des associations LGBT pour alimenter nos réflexions à l’échelle de la Fonction publique.

En tant que premier employeur de l’Etat, la Fonction publique et notamment les employeurs publics se doivent d’être exemplaires.

J’ai exprimé ma volonté de renforcer les actions de prévention et de formation à destination de tous les agents publics et de les intégrer aux réflexions que je mène déjà sur notre politique de ressources humaines.

Une étude sera lancée en 2017 dans le cadre des travaux sur les discriminations pilotés par le professeur Yannick L’Horty.

Les résultats de cette étude qualitative feront l’objet d’un rapport remis au Premier ministre.

En ce sens, la formation et la sensibilisation des agents publics à la prévention des discriminations anti-LGBT sont affirmées dans la circulaire des priorités interministérielles de formation.

A l’occasion des instances de suivi de la circulaire, la direction générale de l’administration et de la Fonction publique veillera à la bonne prise en compte de la prévention des discriminations liées à l’orientation et à l’identité sexuelle.

J’ajoute que j’ai saisi mon administration dans une démarche de diffusion du guide API (action, prévention, information) que vous avez rédigé à l’issue des XXe Etat généraux des élus locaux contre le SIDA.

De plus, un module de formation pour les nouveaux entrants dans la Fonction publique de l’Etat intégrera dès 2017 des mises en situation de ce type de discriminations.

Notre ministère sera également mobilisé pour la journée du 17 mai, journée internationale de prévention de l’homophobie. Toutes les administrations, collectivités locales et établissements publics seront incités à organiser des événements qui sensibilisent les agents publics.

Enfin, une plaquette spécifique aux risques de discriminations sera réalisée et diffusée par la mon administration autour de cette journée de mobilisation.

Cette brochure rappellera les règles juridiques de prévention des discriminations et de sanctions et rassemblera les bonnes pratiques des collectivités exemplaires en la matière.

Voilà mesdames et messieurs, les pistes que nous comptons explorer dans les prochains mois.

Je souhaite conclure ces quelques mots par un hommage aux personnels hospitaliers qui, depuis les tout premiers temps de l’épidémie dans notre pays, ont fait preuve d’un engagement exemplaire :

  • un engagement sans faille contre la stigmatisation, pour assurer aux patients des prises en charge de qualité, qui respectent leurs choix et leurs droits, qui prennent en compte leurs besoins, et qui les protègent de tout risque de stigmatisation en faisant progresser les exigences de confidentialité et de respect de la vie privée ;
  • un engagement sans faille aussi de nos personnels hospitaliers pour l’excellence médicale et scientifique, dans une recherche clinique de pointe qui a fait de la France un leader mondial de la recherche thérapeutique contre le VIH.

 

Je suis fière de le dire, et surtout par les temps qui courent : la fonction publique hospitalière dans notre pays, c’est cette mobilisation exceptionnelle, dès les premières années de l’épidémie, alors que la peur et l’incertitude sévissaient, pour défendre nos valeurs : l’humanisme des prises en charge, la solidarité face à la stigmatisation, l’excellence médicale et scientifique.

La droite attaque notre système de santé et notre fonction publique hospitalière avec des mots comme abus, luxe et assistanat ; moi, j’appelle cela courage, générosité et dévouement.

Il est évident que le chemin est encore long. A quelques jours du 1er décembre qui est la journée internationale de la lutte contre le SIDA, notre détermination collective est notre force.

Notre avons tous ici la lourde responsabilité de faire reculer cette maladie mais aussi d’offrir à ceux qui sont touchés par le virus toutes les chances de conduire leur projet de vie comme ils le méritent. Qu’elle ne soit pas un poids à leur épanouissement professionnel. Que le regard que porte sur eux la société change radicalement.

Je sais que les échanges que nous allons avoir aujourd’hui seront fructueux. Je suis à vos côtés pour continuer ce combat !

 


[1] Note pour la Ministre :

Le nombre de découvertes de séropositivité ne diminue toujours pas chez les HSH (hommes ayant des relations sexuelles avec les hommes), contrairement à ce que l’on observe chez les hétérosexuels, hommes ou femmes, qu’ils soient nés en France ou à l’étranger. Environ 2 600 HSH ont découvert leur séropositivité en 2015.

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Published by radicalisme-finisterien - dans Santé Gouvernement
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