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23 février 2017 4 23 /02 /février /2017 18:31


Le Hors-Bilan,

c'est comme le démantèlement du Charles de Gaulle

 

Madame, Monsieur,
Chère amie, cher ami,

Regardez ce beau gaillard:
le Charles de Gaulle, navire amiral de la flotte Française, porte-avions à propulsion nucléaire, plus gros bâtiment militaire d'Europe, fleuron de notre armée. 260 mètres de long, 65 de large. Il est haut comme un immeuble de 25 étages et embarque 2 000 hommes d'équipage, 40 avions et hélicoptères et 20 tonnes de farine rien que pour cuire le pain. Ce beau bébé de 42 000 tonnes avance à 50 km/h (27 noeuds) et n'a besoin de faire le plein de carburant (nucléaire) qu'une fois… tous les 7 ans 1/2.

Quand le Charles de Gaulle arrivera à une retraite bien méritée vers 2040… Il faudra bien en faire quelque chose :
 *   le vider de ses équipements ;
 *   recycler ses matériaux polluants ;
 *   en particulier l'usine nucléaire qui lui sert de moteur et enfin trouver une bonne âme qui accepte de récupérer et traiter sa carcasse.

Bien sûr, on pourrait faire comme les Américains et couler le bébé radioactif par 10 000 mètres de fond. Ce n'est pas la méthode française.

Pour mémoire, la carcasse du Clémenceau devait être démantelée en Espagne… On le retrouve pourtant au large de l'Italie en route pour la Turquie. Puis c'est en Inde qu'on convoie la coque remplie de 1000 tonnes d'amiante. Le passage du canal de Suez coûte 2,5 millions d'euros. Mais l'Inde change d'avis et refuse l'encombrant fardeau… qui revient à Brest (encore 4,5 millions d'euros le voyage). C'est finalement le Royaume-Uni qui s'occupera de la dépollution et du démantèlement après force discussions, décisions de justice et manifestations.

Cela aura pris 10 ans pour un navire « conventionnel » : le Charles de Gaulle, lui, est à énergie nucléaire.

Combien coûtera le démantèlement du Charles de Gaulle, personne ne le sait.

Ce qui est sûr, c'est que personne n'a provisionné le moindre centime pour l'opération. Ils s'en débrouilleront bien en 2040. Dans une entreprise privée, on prévoit, on alimente une caisse, un peu tous les ans afin de ne pas être pris de court. Mais l'État n'est pas une entreprise. L'État ne prévoit pas la retraite de l'auguste bâtiment, ni celle de ses fonctionnaires de même que de nombreux engagements et garanties qui sont donnés sans être comptabilisés. L'État s'engage sans compter, c'est ce que l'on appelle le « hors-bilan ».

La Cour des Comptes estime que les engagements hors-bilan de l'État « avoisinent les 3 500 milliards d'euros ». Mais en fait cela ne veut pas dire grand chose car de l'aveu même de la Cour, il n'existe pas de recensement complet des engagements de l'État. 3 500 milliards c'est ce que l'on voit mais l'on n'a pas ouvert les placards ni soulevé les tapis : il doit y avoir encore beaucoup de poussières et de cadavres.

Il faut ensuite distinguer deux formes d'engagements :
 *   Ceux où l'État sait qu'il va payer, c'est-à-dire essentiellement les retraites des fonctionnaires dont on commence à peine à sentir le fardeau des 1700 milliards d'euros auxquels il faut encore ajouter 500 milliards d'euros d'allocations (essentiellement le renflouement des retraites des « régimes spéciaux » de la SNCF et RATP ainsi que les aides au logement) qui seront prélevés sur le budget de l'État ;
 *   Les engagements « au cas où » : c'est-à-dire les dépôts ou l'épargne garantis par l'État en cas de faillite, incluant probablement une bonne partie de votre épargne mais aussi les milliards de prêts accordés à la Grèce via le Mécanisme Européen de Stabilité.

Parmi tous ces engagements de l'État, le cas du Charles de Gaulle n'est qu'une goutte.


Mais l'exemple est représentatif : le hors-bilan, c'est comme le démantèlement du Charles de Gaulle. On sait que cela va arriver mais :

 *   On ne s'y prépare pas ;

 *   On ne sait pas bien combien cela va coûter ;

 *   Ni comment on va payer.

Pour preuve, la Cour des Comptes a calculé que les engagements hors-bilan de l'État ont été multipliés par 2 en 5 ans.

Pourquoi ?
1 - On avait mal compté le coût des retraites des fonctionnaires
2 - Face à la crise l'État a multiplié les engagements auprès de pays et entreprises en difficultés.

S'il y a une chose à retenir du hors bilan de l'État c'est que vos dépôts et épargnes garantis — vos comptes courants à hauteur de 100 000€, vos assurances vie à hauteur de 70 000€ ou vos livrets d'épargne— sont noyés parmi ces 3 500 milliards d'engagements : en cas de crise, ou de faillite bancaire, l'État n'aura absolument pas les moyens d'honorer sa garantie (comme c'est déjà le cas en Autriche.

Cela permet aussi de comprendre pourquoi Bruxelles refuse obstinément d'alléger la dette de la Grèce : cela impliquerait pour les autres États de la zone Euro de passer des pertes importantes dans leurs comptes. De manière plus générale, ce n'est pas en mentant effrontément sur la situation réelle de notre économie que nous réglerons quoi que ce soit. En revanche nous pourrions trouver des forces et une énergie insoupçonnés si nous parvenions à sortir du déni et à regarder la réalité en face.

La France, depuis 2000 ans, a connu bien des crises et bien des guerres mais aussi bien des rétablissements. N'oublions pas qu'en 1945, à l'aube des « 30 glorieuses », les dirigeants européens s'attendaient à une réplique survitaminée de la crise de 1929 causée par la démobilisation de millions d'hommes…


À votre bonne fortune,

Olivier Perrin,
Le vaillant petit économiste

[http://r.email.le-petit-economiste.com/2l91oinmlkve.png]

C'est le problème de tous les déchets ultimes des fleurons de notre Marine Nationale auxquels nos ingénieur(e)s pensent plus à l'élaboration qu'à la déconstruction. Qu'en est-il de nos sous-marins nucléaires déclassés ou à déclasser? Peut-être qu'un autre pays sera intéressé par une telle acquisition, comme le Brésil avec le porte-avion Clémenceau? Et dans ce cas on "refilera le bébé" à un pays qui, peut-être, sera moins regardant sur les règles écologiques qu'implique une telle déconstruction. Soyons sérieux et revenons à la réalité "nationale". En effet il est grand temps de prévoir avec sérieux les coûts d'une telle aventure et de "mettre de côté" les fonds nécessaires pour la mener à bout sans que ce soit la République qui "trinque" et par conséquent ses citoyens et citoyennes.

 

PRG29
 

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