Pourquoi les chiffres augmentent-ils autant en France ?

Une explication possible est que le virus a dès le départ plus circulé de manière invisible et s’est plus propagé en France qu’en Allemagne. Et, bien que les mesures de confinement adoptées à la mi-mars aient permis de fortement réduire le nombre de nouvelles contaminations, le virus a tout de même continué à circuler. Plus présent dans la population, le virus trouve d’autant plus vite de nouveaux hôtes à contaminer qu’en Allemagne. Dans le même temps, la France a organisé beaucoup plus de dépistages, près de 1 million par semaine, ce qui explique que l’on découvre plus de nouveaux cas qu’au début de la pandémie. Cela signifie que la comparaison est faussée, même s’il y a plus de nouvelles infections par jour en France qu’au mois de mars. En mars, seule une fraction des contaminations était détectée. En réalité, l’institut Pasteur estime qu’au plus fort de l’épidémie, en mars, la France comptait jusqu’à 250 000 nouvelles infections par jour – un chiffre très loin du maximum enregistré de 8 000 nouveaux cas quotidiens. Cela expliquerait également le grand nombre de cas graves et mortels dans les semaines suivantes. L’augmentation des nouveaux cas est en réalité beaucoup plus modeste qu’au début de la pandémie, notamment grâce au port du masque, à la distanciation physique, au télétravail et aux nombreuses autres mesures sanitaires.

Pourtant, comme dans d’autres pays, il s’installe en France une atmosphère de “laisser-faire”, pouvant aller jusqu’au rejet affiché des mesures de précaution. Il y a eu des fêtes sauvages ainsi que les vacances dont les Français reviennent à peine et qui ont pu contribuer à une augmentation des infections.

Pourquoi y a-t-il si peu de cas graves cette fois et quel est le rôle du dépistage ?

Il existe plusieurs explications possibles à cela : tout d’abord, beaucoup plus de gens se font aujourd’hui tester, qu’ils aient des symptômes légers ou aucun symptôme. Les catégories de personnes vulnérables sont aussi beaucoup mieux protégées que lors la première phase de l’épidémie, lors de laquelle les seniors n’étaient pratiquement pas protégés dans les maisons de retraite.

Avec la fin des vacances, on observe que les nouvelles infections concernent davantage de jeunes et des personnes moins vulnérables. Près de 30 % des nouvelles contaminations en France touchent la tranche des 15-44 ans, qui développent rarement des symptômes graves. Certains facteurs liés à la saison estivale pourraient également expliquer la baisse du nombre de cas graves. On suppose par exemple que la vitamine D, produite par la peau exposée au soleil, pourrait jouer un rôle positif en aidant le système immunitaire à la fois au début de l’infection mais également en inhibant les réactions inflammatoires typiques de la seconde phase de l’infection.

Le système de santé français est-il mieux préparé que pour la première vague d’infection ?

En France, comme partout dans le monde, les médecins et les patients tirent les leçons des premières études scientifiques et de l’expérience clinique accumulées depuis le début de la pandémie. Les hôpitaux sont mieux préparés et mieux équipés, notamment pour ce qui est de respirateurs et des équipements de protection pour les personnels, qui ont gravement manqué au début. Il est toutefois toujours possible que l’on vienne à manquer de places ou de personnel, et il peut survenir des problèmes d’approvisionnement pour certains médicaments. Les médecins ont mis en garde contre des goulets d’étranglement prévisibles ou déjà manifestes concernant la fourniture de la  dexaméthasone, un glucocorticoïde qui fait partie des médicaments les plus efficaces contre le Covid-19. Certains anticoagulants, comme l’héparine, pourraient également se faire rares, car nombre de ces substances sont presque exclusivement fabriquées en Inde ou en Chine.

Quelles sont les différences entre les systèmes de santé français et allemand ?

La France dispose d’un système d’assurance-maladie universel administré par l’État, où les assureurs n’ont pas autant de latitude qu’en Allemagne pour déterminer les dépenses couvertes et les questions de gestion. Ce système de santéest régulièrement salué par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et est sur certains aspects l’un des meilleurs du monde. Toutefois, pendant la crise du coronavirus, les soignants des maisons de retraite ont signalé un manque de personnel et d’équipements de protection, mais aussi des cas où des pensionnaires, qui auraient dû recevoir des soins intensifs à l’hôpital, ont été refusés par manque de place et sont morts.

Que fait le gouvernement français pour éviter un second confinement ?

Les mesures de précaution ont récemment été renforcées. Le port du masque est désormais obligatoire partout dans de nombreuses villes, sauf pour les joggeurs et les cyclistes. Les enseignants doivent le porter à l’école ainsi que les enfants à partir du collège. Depuis le 1er septembre, le masque est aussi obligatoire dans les entreprises.

Le gouvernement se concentre à présent sur les dépistages et le suivi des contacts pour les personnes testées positives. De nombreuses villes sont toutefois dépassées par la situation. À Paris, il faut faire la queue pendant trois heures pour se faire tester et souvent attendre jusqu’à trois jours pour obtenir les résultats.

Quelle est l’importance des critiques contre les mesures de protection mises en place par le gouvernement ?

Pour l’heure, le mécontentement est limité, la plupart des règles sont respectées. Le port du masque s’est imposé dans la rue. Un mouvement antimasque se développe lentement. À Paris, ils n’ont rassemblé que 300 personnes, qui ont rapidement été encerclées par la police et qui ont dû payer une amende de 135 euros. Certains “gilets jaunes” ont rejoint le front antimasque. Ils dénoncent surtout le fait que les masques ne sont pas gratuits et que ce soit “au peuple de payer”. Sur Facebook, un groupe antimasque compte 6 500 abonnés. D’après les chercheurs, il s’agit essentiellement de militants de la gauche radicale ou de l’extrême droite, comme le Rassemblement national de Marine Le Pen.

Quelles pourraient être les conséquences économiques d’un second confinement ?

Les conséquences pourraient être catastrophiques. Le gouvernement anticipe déjà une baisse de 11 points du PIB pour l’année 2020, à condition qu’il n’y ait pas de nouveau confinement. Le ministre des Finances, Bruno Le Maire, a déjà averti qu’il faudrait au moins deux ans pour que la France retrouve son niveau d’activité d’avant la crise. Pour la France, la crise marque également une augmentation de la dette publique puisque le gouvernement a prévu un plan de relance de plus de 100 milliards d’euros.