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14 janvier 2015 3 14 /01 /janvier /2015 08:56

INTERVENTION DE ROGER-GÉRARD SCHWARTZENBERG

PRÉSIDENT DU GROUPE RRDP

 

Au nom de mon groupe, je m’incline avec émotion, avec respect, devant la mémoire des 17 victimes du fanatisme, tuées la semaine dernière.

Ils étaient journalistes, policiers ou clients d’une supérette kascher. Tous exposés. Tous ciblés par la violence terroriste.

Charlie Hebdo

Des stylos et des crayons. C’étaient les seules armes des journalistes de « Charlie Hebdo ». Leurs seules armes, pacifiques, contre l’intégrisme et ses menaces de mort.

Puis, le 7 janvier, soudain, sur le papier à dessin, l’encre se tache de sang.

Charb, Cabu, Wolinski et leurs confrères étaient des sentinelles de la vérité.

Avec Zola dans « L’Aurore », avec Jaurès dans « L’Humanité », la presse a souvent été en première ligne du combat pour la liberté.

La liberté d’écrire, d’informer, d’échanger. « La libre communication des pensées et des opinions », selon les termes mêmes de la Déclaration des droits de l’homme de 1789.

Le fanatisme peut toujours tuer. Il ne parviendra jamais à anéantir la liberté de la presse. D’autres journalistes prendront la relève et la parole à leur tour, pour dire leur conviction, leur vérité.

En démocratie, personne n’a jamais réussi à imposer le silence par la violence.

 

La laïcité

Contre l’intégrisme, le meilleur rempart, c’est évidemment la laïcité. Sans elle, la France pourrait devenir une République éclatée. Une nation fragmentée en groupes distincts, fondés sur l’origine ou l’appartenance confessionnelle.

Le communautarisme sépare, retranche, fait perdre conscience d’un destin commun. Il est donc un risque majeur pour la démocratie.

Pour sa part, la laïcité – celle des radicaux comme Jean Zay – respecte toutes les croyances, mais sépare religion et vie publique. Elle permet à tous de vivre ensemble, par-delà leurs différences.

C’est ce que fait l’école de la République en accueillant sur les mêmes bancs tous les élèves. Quelle que soit leur condition, leur conviction, leur confession.

 

L’élan populaire

En tout cas, les Français ont réagi avec infiniment d’esprit de fraternité. En se mobilisant d’eux-mêmes, spontanément, pour dénoncer ces attentats.

Une nation tout entière s’est dressée pour résister, pour refuser l’inacceptable. Elle l’a fait avec dignité, avec noblesse. Cet immense élan populaire montre la volonté de s’unir quand l’essentiel est en jeu.

Dans les circonstances présentes, le temps n’est plus aux divergences secondaires. Il est au rassemblement autour des grandes valeurs républicaines.

Les pouvoirs publics ont fait preuve d’une grande détermination, d’une action très résolue face à ces attentats.

Mais, certes, le danger persiste.

D’où sans doute – sans qu’il s’agisse de mesures d’exception – des décisions nécessaires :

-          publier les décrets d’application de la récente loi sur le terrorisme de novembre 2014 ;

-          renforcer les moyens matériels de la police et du Renseignement ;

-          réformer les conditions carcérales des détenus les plus extrémistes ;

-          empêcher la diffusion sur Internet de messages faisant l’apologie des actes terroristes.

À l’opposé, une autre mesure, très différente, serait souhaitable : augmenter sensiblement les aides publiques à la presse écrite et spécialement à la presse d’opinion.

 

Une vaillance tranquille

La démocratie a une force considérable quand elle incarne une vaillance tranquille.

Ici même, en 1893, alors qu’une bombe venait d’être lancée dans l’hémicycle, le président de l’Assemblée, Charles Dupuy, avait déclaré :

« Il est de la dignité de la Chambre et de la République que de pareils attentats ne troublent pas les législateurs… Messieurs, la séance continue. »

Aujourd’hui, une fois encore, en ce mois de janvier si particulier, la démocratie continue.

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