Comme les nazis considéraient les Juifs

Aussi différents que soient les coupables de Hanau, Halle, Cassel et Augsbourg, tous avaient pour moteur une idéologie selon laquelle il existerait une race supérieure, seule autorisée à résider en Allemagne. Pour eux, les gens à la peau plus sombre et aux cheveux noirs sont inférieurs et représentent un danger.

Ils déblatèrent sur la “mort du peuple [allemand]” sous prétexte que des familles originaires de Turquie ou de pays d’Afrique auraient plus d’enfants que les Allemands et qu’ils pourraient par conséquent bientôt imposer leur suprématie. Ils parlent d’un “remplacement de population” qu’ourdirait le gouvernement : des étrangers à la place des Allemands.

Et peu leur importe de savoir à quel point des gens d’origine étrangère sont intégrés ici, s’ils travaillent comme médecins, s’ils créent des emplois ou paient des impôts. Ils les considèrent exactement comme les nazis considéraient les Juifs : comme n’ayant rien à faire ici, comme n’ayant aucune valeur.

Longtemps, ces extrémistes n’ont diffusé leurs idées grossières qu’au sein de leurs cercles, élaborant des théories du complot tout en s’échauffant mutuellement sur Internet. Maintenant, ils passent à l’acte : certains de façon ciblée, froidement calculée et en réseau, comme les hommes du Groupe S ou l’assassin de Walter Lübcke, à Cassel. D’autres agissent seuls, en proie à une colère irrépressible, comme l’auteur de l’attentat de Halle et – manifestement – celui de Hanau. Souvent, le profil de ces derniers oscille entre citoyen désemparé, néonazi endurci et misogyne isolé.

Ils frappent car ils ne se sentent plus seuls

Comme on le constate aujourd’hui dans le cas de l’auteur des attentats de Hanau, ce sont de tristes personnages qui rêvent de sortir grandis de leurs actes, des actes censés transformer des losers en seigneurs. Qu’ils soient déments, désemparés ou radicalisés, la différence n’est que graduelle.

Même Anders Breivik, le néonazi norvégien convaincu, qui avait opéré avec une précision militaire et avait auparavant rédigé un pamphlet d’un millier de pages, a été jugé psychiquement instable par une équipe de psychiatres. Un autre groupe d’experts a estimé qu’il était au contraire sain d’esprit, seulement dévoyé sur le plan idéologique.

En termes juridiques, ces gens sont dans la plupart des cas responsables de leurs actes, aptes à être condamnés. Car même une personne radicalisée sait qu’un objectif politique ne justifie pas que l’on tue des gens.

La question est de savoir pourquoi ces cas se multiplient ces derniers temps : ces individus frappent parce qu’ils ne se sentent plus seuls. Des années durant, ils ont vécu en loups solitaires, leurs idées fumeuses n’étaient pas prises au sérieux par leurs proches, leurs familles s’efforçaient de les calmer. Mais, de nos jours, ils voient les idées ultranationalistes progresser dans la société, ils voient comment elles deviennent socialement acceptables. Soudain, ils n’ont plus le sentiment d’être des aliénés, des excentriques isolés. Soudain, ils se sentent importants : pour ainsi dire le bras armé d’un mouvement d’extrême droite.

Une idéologie qui trouve un écho chez les parlementaires

Ils perçoivent comment l’ambiance évolue. Comment l’idéologie d’extrême droite trouve subitement un écho dans les enceintes parlementaires : où l’on suggère que le règne de terreur du national-socialisme n’aurait été qu’une “fiente d’oiseau” [selon l’expression d’Alexander Gauland, figure tutélaire d’Alternative pour l’Allemagne, AfD] dans l’histoire de la réussite allemande. Où l’on parle de “monument de la honte” à propos du mémorial aux victimes de l’Holocauste [selon Björn Höcke, leader de l’aile droite de l’AfD et président du groupe parlementaire AfD en Thuringe, ce monument n’a pas sa place à Berlin]. Où l’on ne cesse d’appeler le peuple allemand à se défendre contre des dirigeants démocrates qui chercheraient, au choix, à l’éradiquer ou à le réduire en esclavage, et contre des étrangers qui rêveraient de dominer l’Europe.

Alors, les auteurs de violences d’extrême droite s’estiment en droit de faire ça justement : se défendre par les armes. Ceux qui alimentent ces théories du complot, qui diffusent ces idéologies devraient être conscients de ce qu’ils font : ils encouragent le terrorisme.