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23 février 2017 4 23 /02 /février /2017 19:10

Croquis

 

La grande lessive des primaires

 

29 JANVIER 2017 | PAR HUBERT HUERTAS

 

Sarkozy humilié ; Juppé stoppé ; Hollande barré ; Valls dégagé. Fillon mal engagé. Les primaires ont tourné à l’insurrection. La séquence qui s’achève avec la victoire de Benoît Hamon est un séisme dans l’histoire de la Cinquième République.

 

On a beau être habitué aux aléas de la vie politique, ce qui vient de se passer en France est totalement inouï. En moins de cent jours, soixante-dix exactement depuis le 20 novembre 2016, sept à huit millions d’électeurs ont chassé toutes les têtes gouvernantes de leur pays, ou les ont contraintes au départ. Souvenez-vous…

 

Sarkozy, ancien président de la République, au sommet de l’édifice politique depuis vingt-cinq ou trente-cinq ans : sorti comme un pékin.

 

Juppé, donné gagnant et futur président depuis au moins deux ans : renvoyé à Bordeaux.

 

Hollande, de plus en plus impopulaire depuis son élection : contraint de s’en aller.

 

Et maintenant Manuel Valls, le dauphin naturel, candidat évident en cas de retrait du président : licencié sans ménagement.

 

Même Arnaud Montebourg ne dépareille pas dans cet anti-palmarès. L’homme emblématique de la fronde socialiste, au moins au plan médiatique, c’était lui et pas Hamon.

 

Il y a bien sûr des raisons « internes » à la victoire du député des Yvelines, mais s’en tenir au seul rapport de force des candidats socialistes entre eux ne rendrait pas compte de l’importance de ce qui s’est passé hier soir. Bien sûr, la défaite de Manuel Valls prend sa source dans une faute stratégique qui remonte aux trois années qu’il vient de passer à Matignon, donc sous les projecteurs. Manuel Valls a passé le plus clair de son temps à vouloir rompre avec une aile active et historique de son parti, l’aile gauche, pour mener au dernier moment une campagne de trois semaines sur le thème du rassemblement. Son projet était donc de s’asseoir sur la branche qu’il avait préalablement sciée. Ce dimanche soir encore, juste après sa défaite, il a mis en avant sa « profonde loyauté », mais ce quinquennat aux antipodes de la campagne de 2012 a-t-il été profondément loyal ?

 

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22 février 2017 3 22 /02 /février /2017 08:41

"... Il en est de même dans la grande politique. Une nouvelle création, par exemple un nouvel empire, a plus besoin d'ennemis que d'amis. Ce n'est que par le contraste que la grande politique commence à se sentir, à devenir nécessaire. Nous ne nous comportons pas autrement à l'égard de l'ennemi intérieur. Là aussi, nous en avons spiritualisé l'inimitié, là aussi, nous en avons aussi compris la valeur... Nous spiritualisons l'inimitié dans la mesure où nous l'intégrons nous-mêmes, ce qui nous rend plus grands... Imaginons donc qu'un homme soit pris entre ces deux passions, la passion active et la passion réactive... A rejeter les forces réactives on devient soi-même réactif...  Bref le contraire de cette idée absurde qu'il faudrait évacuer les mauvaises forces, les forces réactives pour ne garder que les bonnes forces actives. Que se passera-t-il? Il ne lui reste alors rien d'autre qu'à faire de lui-même un édifice de culture si vaste qu'il soit possible à ces deux puissances, à ces deux forces, d'y habiter, d'y coexister quoique à des extrémités éloignées, tandis qu'entre elles deux les puissances conciliatrices auront leur domicile pourvu d'une force proéminente pour aplanir en cas de difficulté la lutte qui s'élèverait entre elles..."

Frédéric Nietzsche in Humain, trop humain (1878)

 

Pourquoi cette citation de Frédéric Nietzsche? Tout simplement pour dire que toute démocratie a besoin de forces antagonistes active et réactive, peut importe l'ordre ou l'affectation. C'est nécessaire d'avoir ce contre-pouvoir en face de soi à condition de lui donner les moyens de se manifester et aussi d'agir. Alors que ces deux forces active et réactive soient affublées des vocables gauche et droite, républicain ou démocrate ou d'autres, leur existence est nécessaire. Si l'une est absente alors la démocratie vire à la pensée unique et chacun sait où cela peut mener...

 

La comparaison avec la marche (terme très en vogue de nos jours) est intéressante. Côte à côte cela mène à la "javellisation" des idéologies où chacun apporte sa réflexion, certes contradictoire de l'autre, mais le résultat en est un projet sans saveur, éloigné des préoccupations citoyennes. A l'opposé cela s'appelle "utopie", une progression à contre sens oblige à chacun de se détourner et de tenir compte de l'aboutissement de l'autre. L'opposition et la friction des idées ne peut que mener à un élan et à un but élévateur. Probablement que l'utopie, notion virtuelle et sans limite, ne sera pas satisfaite mais c'est un peu le but. Mais tout du moins l'élévation aura été faite dans son sens.

 

En conclusion, l'idéologie simpliste qui consiste à dire qu'une politique peut se faire avec des citoyens de tous bords est une illusion. L'individu a besoin en lui de ces forces antagonistes. A l'opposé, la République a besoin de ces deux entités antagonistes et distinctes pour survivre et faire fonctionner ce qu'on appelle communément la démocratie.

 

Jean-Louis Migot

PRG29

 

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17 février 2017 5 17 /02 /février /2017 10:11
Article paru dans Ouest-France du 16 février 2017

Article paru dans Ouest-France du 16 février 2017

Comme disait Leibniz: "tout va pour le mieux..." et il rajoutait: "dans le meilleur des mondes".

 

En effet tout çà pour le mieux puisqu'il n'y a pas de fuites pour le moment, faudrait-il rajouter. Et que fait-on de la corrosion de ses coques déjà en fin de vie! Avec l'aval de la Préfecture Maritime qui avait dépêché UN observateur.

 

Dans le meilleur des mondes. Remontons au 17 mars 1967, veille du 18 mars 1967, jour de l'échouage du Torrey-Canyon. Le monde ignore l'écologie et fait fi de la protection de l'environnement même si bien que fortement déjà dégradé il ne semble pas en péril. Bref! Laissons nos deux coques gentiment "posées sur le flanc sur un fond sableux et plat à environ 150 mètres de profondeur" je cite. A près tout, il y en a d'autres, suite aux conflits mondiaux récents. Et cela ne se voit pas! Que cela fait-il deux coques de plus... Mais le 18 mars 1967 est passé par là ainsi que beaucoup d'autres dates tragiques pour l'océan, et la conscience environnementale s'est développée.

 

Alors je le dis haut et fort, peut-on accepter que ces deux coques restant là, avec l'approbation de l'administration, qui, comme la Justice, a les yeux bandés? Réponse: Non. Qui casse (nos fonds sous-marins et nos écosystèmes) paie (le renflouement des deux épaves, avec l'insistance ferme de notre administration).

 

Christiane Migot

PRG29

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2 février 2017 4 02 /02 /février /2017 11:51
Article paru dans Ouest-France du 1 février 2017

Article paru dans Ouest-France du 1 février 2017

Pollution au pétrole, Inaction au Sommet!

 

Depuis le 23 décembre 2016, les premières présumées innocentes conséquences de l'échouage des deux coques au large de l'îie de Sein se manifestent. Il n'y jamais hasard. La coincidence est évidente. En date du 1er février, un article de presse révèle l'apparition de boulettes de pétrole sur des plages du Finistère vers Brignogan.

 

Dans ce même article tout est au conditionnel. il faut attendre les autorisation avant de lancer les investigations chimiques et physiques pour faire le lien entre la cause et la finalité. Mais soyons rassurés, rien n'est prévu!!!

 

La terre tourne et rien ne change. A croire que nous sommes toujours en 1978, année de l'échouage de l'Amoco Cadiz sur les côtes du Nord Finistère.

PRG29

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2 février 2017 4 02 /02 /février /2017 11:43

Partis:

l'ancienne ministre de la Justice Christiane Taubira

se dit "atterrée" par l'effet d'Emmanuel Macron

"sur de jeunes esprits"

L'ancienne ministre de la Justice Christiane Taubira se dit "atterrée" par l'effet d'Emmanuel Macron "sur de jeunes esprits", lui reprochant de méconnaître le clivage droite/gauche, dans une interview aux Inrocks du mercredi 1 février 2017.

"Il a une vraie capacité de séduction, il en joue, c'est même sa carte maîtresse. Il doit beaucoup aux médias. Macron se dit antisystème mais c'est un pur produit du système. Je suis atterrée par son effet sur de jeunes esprits", affirme Mme Taubira.

"Quand on a plus de trente ans d'engagement, qu'on a pris au sérieux la politique, qu'on a accepté de prendre des coups, qu'on a vu ses enfants prendre des coups, qu'on a vu des gens souffrir, on connaît la différence entre les politiques de gauche et de droite", lui reproche-t-elle.

"François Fillon ne donne pas la migraine: il appartient à la droite dure. Entendre quelqu'un qui prétend à la magistrature suprême dire qu'il n'y a pas de différences entre droite et gauche m'atterre", poursuit l'ex Garde des Sceaux.

Interrogé sur Benoît Hamon, Mme Taubira juge que "dans la campagne, sa voix est un vrai renouvellement". "Merci de dire que la droite et la gauche, c'est différent. Les femmes et hommes de gauche qui racontent l'inverse sont juste en train de trahir", dit-elle.

L'ancienne ministre, partie du gouvernement début 2016 en raison de son désaccord sur la déchéance de nationalité, épingle sans le nommer l'ancien Premier ministre Manuel Valls.

"Se prétendre le champion de la sécurité comme une fin en soi, alors qu'elle est un droit, ou se proclamer champion de la laïcité intégrale pour exclure, ce ne sont pas des marqueurs de gauche", attaque-t-elle.

Quant à Jean-Luc Mélenchon, elle juge qu'il a "bifurqué". "Il a fait une très belle campagne en 2012 et depuis il s'est un peu perdu dans les sables".

Christiane Taubira

Ca c'est envoyé...

PRG29

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19 janvier 2017 4 19 /01 /janvier /2017 14:48

Dialogue entre Socrate et l’ombre de Pellias, le navigateur

 

Le premier dit: « Pourquoi as-tu abandonné ce pourquoi le Cosmos t’a placé ? Pourquoi renier ton essence ? » Aucune réponse du second. Socrate renchérit: " Toi l’amuseur, plein d'élan libérateur et communicatif, dignes de ton accession au Cosmos, le pouvoir te traverse et t'efface. » Toujours rien. Socrate espère en une réaction: « Ton existence est en train de perdre son essence originelle muant en une permanence nocive artificielle pour les autres comme pour toi. Puisses-tu rétablir ton ascension avec tempérance et force d’âme dans la hiérarchie de notre société! » L'ombre de Pellias, le navigateur s'éclaircit mais resta muette. Socrate espère en un sursaut : « Toi le démocrate, riche d'idéaux et d'engagements dans des joutes à ta mesure et fort de ta morale de bâtisseur d'une nouvelle société, tu as cédé aux séductions de la République avec ses excès matériels, ses compromissions relationnelles, ses excitations illusoires, aux pouvoirs dérisoires. Réveille en toi sagesse et justice pour accéder à la transcendance de ton immanence originelle sans renier à ton combat dans l'élaboration d'un univers compatible avec ta quête d'une place dans le Cosmos des Dieux. » Aucun écho du navigateur. Socrate insiste : « La perfectibilité, tu l'avais en toi. Il te faut la retrouver, si tu veux la chercher, pour qu'enfin la lumière t'illumine et ne face plus de toi une ombre. Que mes réflexions servent à faire en toi le dialogue entre ton éthique et tes décisions futures. Ne compte que sur toi et ta positive volonté mais ne cherche pas à effacer ce qui est en ta faveur ou ta gloire ». Socrate conclue : « Tu as ton libre-arbitre mais celui-ci ne doit pas se manifester aux détriments des autres. Dans notre société aristocratique, il ne doit y avoir que des honnêtes citoyens, choisis par d’honnêtes citoyens, s'imposent de fait comme les plus aptes à diriger la cité pour la mener vers de bénéfiques horizons. Cela suppose de nouveau qu’un honnête citoyen, dans son état de simple particulier, soit assez avisé pour donner des conseils au monarque de quelque pays. Ne dirons-nous pas que le conseiller possède en propre le savoir que devrait avoir acquis celui qui exerce le pouvoir ? Rien n’est acquis et personne n’est irremplaçable. Celui qui navigue seul finalement s’échouera sur une île déserte avant d’atteindre ces bénéfiques horizons. » Nul ne sait, ni Socrate, ni Platon, ce que décida Pellias, le navigateur.

 

L’ombre de Pellias, le navigateur rejoignit Pellias, le navigateur, se fit aider de Pharos et sa barque à voile unique pour traverser l’Elyx, fleuve de l’oubli afin d’accoster en Amnésos, vaste contrée où le culte du passé n’est que négation du temps présent. Elle lui relata le contenu du monologue avec Socrate. Mais Pellias, ivre de gloire, drapé de son illusoire prestige et entouré de laudateurs dévoués, ne lui prêtât qu’une oreille sourde et peu sensible à la réflexion. Ces multiples plongeons en des sources variées et contradictoires le rendaient, pensait-il, invulnérable. Il retint de ce dialogue qu’il usait, à sa manière, du libre-arbitre, plus libre pour lui et plus arbitre envers les autres. Il souriait en estimant que le ciment de son existence reposait sur des serments qui, telles les têtes de l’hydre de Lerne, s’élaboraient en s’opposant sans hésitation ou sans regard en arrière. Une boucle infernale avec des serments maintes fois clamés le glaive hissé vers l’Olympe s’enchaînant avec réciprocité avec des serments maintes fois reniés le venin déversé dans le calice de l’honneur. Pellias, le navigateur, éleva les bras en signe de victoire vers le ponant en haut à gauche. Il se dit que puisque l’impunité lui était assuré, et les événements lui donnent raison, autant faire en sorte que cela persiste, quitte à briser, à renier et à nouer de nouveaux horizons.

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5 janvier 2017 4 05 /01 /janvier /2017 16:23

Historique d'un scandale!!!

Extrait du Journal "Ouest-France" du vendredi 23 décembre 2016: "Le 22 décembre deux coques de navires coulaient au large de Sein... aucune trace de pollution..." Ouf! Jusque là tout va bien. "Si les coques sont bien vides, leurs épaves ne seront pas renflouées" Tiens! La mer reste une poubelle. "Les deux remorqueurs ravitailleurs pour plateformes offshore étaient tractés par un remorqueur... qui était voué, lui-aussi, à la démolition en Turquie".

Extrait du Journal "Ouest-France" du jeudi 5 janvier 2017 (soient 13 jours plus tard): "La préfecture maritime s'est aperçue que la quantité d'hydrocarbure - chacune des deux coques contient 100 mètres cubes d'hydrocarbure (soit 100.000 litres chacune: NDLA) - pouvait représenter un danger pour l'environnement"... "les vols d'observation... ont mis à jour la présence d'irrégulière d'irisations"..."D'après la préfecture, sous l'effet du brassage naturel de la mer, elles se dispersent et s'évaporent rapidement"..." les deux coques, selon l'armateur, étaient vides et propres".

Le temps fait marche arrière, Ce fait divers a l'air d'un cauchemar et rappelle les catastrophes étouffées de la fin du XXème siècle. Quant aux explications tout est fait comme si tout allait dans le meilleur des mondes et que dans peu de temps tout ne serait qu'un banal incident. Quant à l'information tout apparaît comme banalisé et personne ne semble réactif à cette catastrophe écologique, même en période électorale.

Un certain nombre de questions se posent:

1/ pourquoi les cuves étaient-elles remplies d'hydrocarbure alors qu'elles auraient dû être vides? Cela signifie qu'en amont tous les contrôles n'ont pas été réalisés par l'armateur, pourtant jugée comme étant la première compagnie mondiale maritime. Cette première place ne justifie pas un laisser-aller au niveau de la rigueur des procédures de remorquage d'épaves. 

2/ pourquoi la démolition doit-elle être effectuée en Turquie alors qu'il y a des chantiers de démolition plus proches du Danemark (et oui la première compagnie mondiale maritime est danoise)? Là la réponse saute aux yeux, c'est le moindre coût qui l'emporte. Là où la main d'oeuvre est moins chère et où l'exigence écologique est moindre. Tout se paye!

3/ peut-on affirmer que ces 200.000 litres d'hydrocarbure (soit 168 tonnes: NDLA) vont d'une part se disperser et d'autre part s'évaporer? Tout dépend de la nature de l'hydrocarbure. S'il se disperse, bonjour la dégradation de la zone maritime polluée! Compter sur l'effet de brassage est un peu léger car le mal est fait et pour la faune animale que pour la faune végétale et pour la qualité de l'eau de mer. Et puis où se fait cette dispersion. L'île de Sein risque-t-elle un risque de pollution de ses côtes, comme la côte bretonne? S'il s'évapore et ce n'est pas sur car tous les hydrocarbures ne s'évaporent pas aussi aisément. Leur viscosité fait qu'ils ont tendance à se coller à l'eau de mer.

L'ultime question est d'être informé des moyens mis en oeuvre pour lutter contre ces deux pollutions puisque les deux coques ayant coulées en deux endroits différents. L'attente d'informations et d'investigations par l'armateur n'est pas en faveur de l'écologie. Les litres d'hydrocarbure continuent à se déverser et des décisions seront prises et des moyens engagés quand elles seront vides.

 

 

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26 avril 2016 2 26 /04 /avril /2016 16:39
Fraude fiscale - Evasion fiscale - Thomas Piketty

LuxLeaks, Panama Papers : l’hypocrisie européenne

Article deThomas Piketty, Directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, Ecole d’économie de Paris  

 

Piketty : « Pourquoi les gouvernements ont-ils fait si peu depuis 2008 pour lutter contre l’opacité financière ? »
 

La question des paradis fiscaux et de l’opacité financière occupe depuis des années le devant de l’affiche. Malheureusement, il existe en ce domaine un écart abyssal entre les proclamations victorieuses des gouvernements et la réalité de ce qu’ils font. En 2014, l’enquête LuxLeaks révélait que les multinationales ne payaient quasiment aucun impôt en Europe, grâce à leurs filiales au Luxembourg. En 2016, les Panama Papers montrent l’étendue des dissimulations de patrimoines opérées par les élites financières et politiques du Nord et du Sud. On peut se réjouir du fait que les journalistes fassent leur travail. Le problème est que les gouvernements ne font pas le leur. La vérité est que presque rien n’a été fait depuis la crise de 2008. Par certains côtés, les choses ont même empiré.

Prenons les sujets dans l’ordre. Sur l’imposition des profits des grandes sociétés, la concurrence fiscale exacerbée a atteint de nouveaux sommets en Europe. Le Royaume-Uni s’apprête ainsi à réduire son taux à 17%, du jamais vu pour un grand pays, tout cela en protégeant les pratiques prédatrices des Iles Vierges et des autres places offshore de la couronne britannique. Si l’on ne fait rien, alors on finira tous par s’aligner sur les 12% de l’Irlande, voire sur 0%, ou même sur des subventions aux investissements, comme c’est déjà parfois le cas. Pendant ce temps, aux Etats-Unis, où il existe un impôt fédéral sur les profits, le taux est de 35% (sans compter l’impôt des Etats, compris entre 5% et 10%). C’est le morcellement politique de l’Europe et l’absence d’une puissance publique forte qui nous mettent à la merci des intérêts privés. La bonne nouvelle, c’est qu’il est possible de sortir de l’impasse. Si quatre pays, la France, l’Allemagne, l’Italie, et l’Espagne, qui ensemble regroupent plus de 75% du PIB et de la population de la zone euro, proposaient un nouveau traité fondée sur la démocratie et la justice fiscale, avec comme mesure forte un impôt commun sur les grandes sociétés, alors les autres pays seraient obligées de suivre. Sauf à se placer en dehors de l’effort de transparence que les opinions publiques demandent depuis des années, et à s’exposer à des sanctions.

Sur les patrimoines privés détenus dans les paradis fiscaux, la plus grande opacité est là aussi toujours de mise. Un peu partout dans le monde, les plus grandes fortunes ont continué de progresser depuis 2008 beaucoup plus rapidement que la taille de l’économie, en partie car elles paient moins d’impôts que les autres. En France, un ministre du budget a pu tranquillement expliqué en 2013 qu’il ne détenait aucun compte en Suisse, sans crainte que son administration ne l’apprenne, et il a fallu de nouveau des journalistes pour découvrir la vérité.

Les transmissions automatiques d’informations sur les actifs financiers, officiellement acceptées sur la Suisse, et toujours refusées par le Panama, sont supposés régler la question à l’avenir. Sauf qu’elles ne commenceront timidement à être appliquées qu’à compter de 2018, avec des exceptions béantes, par exemple pour les titres détenus via des trusts et des fondations, et tout cela sans aucune pénalité prévue pour les pays récalcitrants. Autrement dit, on continue de vivre dans l’illusion que l’on va résoudre le problème sur la base du volontariat, en demandant poliment aux paradis fiscaux de cesser de mal se comporter. Il est urgent d’accélérer le processus et de mettre en place de lourdes sanctions commerciales et financières pour les pays qui ne respecteront pas des règles strictes. Ne nous y trompons pas : seule une application répétée de telles sanctions, au moindre manquement constaté (et il y en aura, y compris bien sûr avec nos chers voisins suisses et luxembourgeois), permettra d’établir la crédibilité du système et de sortir du climat d’opacité et d’impunité généralisée en vigueur depuis des dizaines d’années.

Il faut dans le même temps mettre en place un registre unifié des titres financiers, ce qui passe par la prise de contrôle public des dépositaires centraux (Clearstream et Eurostream en Europe, Depository Trust Corporation aux Etats-Unis), comme l’a bien montré Gabriel Zucman . Pour crédibiliser le système, on peut aussi imaginer un droit d’enregistrement commun sur ces actifs, dont les recettes pourraient financer un bien public mondial (comme le climat).

Reste une question : pourquoi les gouvernements ont-ils fait si peu depuis 2008 pour lutter contre l’opacité financière ? La réponse courte est qu’ils se sont donnés l’illusion qu’ils n’avaient pas besoin d’agir. Leurs banques centrales ont imprimé assez de monnaie pour éviter l’effondrement complet du système financier, évitant ainsi les erreurs qui à la suite de 1929 avaient conduit le monde au bord du gouffre. Résultat : on a effectivement évité la dépression généralisée, mais au passage on s’est dispensé des réformes structurelles, réglementaires et fiscales indispensables. On pourrait se rassurer en notant que le bilan des grandes banques centrales (qui est passé de 10% à 25% du PIB) demeure faible par comparaison à l’ensemble des actifs financiers que les acteurs publics et privés détiennent les uns sur les autres (autour de 1000% du PIB, voire 2000% au Royaume-Uni), et pourrait encore augmenter en cas de besoin. En vérité, cela montre surtout l’hypertrophie persistante des bilans privés et la fragilité extrême de l’ensemble du système. Espérons que le monde saura entendre les leçons des Panama Papers et s’attaquer enfin à l’opacité financière sans attendre une nouvelle crise

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/04/09/l-hypocrisie-europeenne_4899068_3232.html#0U8Bi8MXBfe75Tq8.99.
 
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Le procès d'Antoine, lanceur d'alerte des "Luxleaks", s'ouvre à Luxembourg.

 

JUSTICE - Quelques semaines près les révélations des "Panama Papers", le procès des "Luxleaks" s'ouvre mardi 26 avril à Luxembourg, promettant de brasser plusieurs sujets brûlants d'actualité, du statut fragile des lanceurs d'alerte au scandale de l'évasion fiscale.

 

Trois Français, dont un journaliste, comparaissent devant le tribunal correctionnel de Luxembourg, accusés d'avoir fait fuiter des milliers de pages éclairant les pratiques fiscales de grandes multinationales établies au Grand-Duché.

 

Antoine Deltour, le lanceur d'alerte, est accusé d'avoir organisé la fuite de ces documents fiscaux du cabinet d'audit PricewaterhouseCoopers (PwC), pour lequel il travaillait à Luxembourg. Il encourt jusqu'à 10 ans de prison.

 

Il a confié des documents au journaliste Edouard Perrin, lui aussi poursuivi, qui a révélé le scandale en mai 2012 dans l'émission "Cash Investigation" sur la chaîne de télévision publique française France 2.

 

La France propose son aide à Antoine Deltour

Le ministre des Finances, Michel Sapin, a exprimé mardi sa solidarité avec Antoine Deltour et lui a proposé l'aide de la France.

"Vous avez cité Antoine Deltour. Je voudrais à mon tour lui dire toute notre solidarité", a affirmé le ministre devant l'Assemblée nationale, en réponse à une question du député Dominique Potier (PS/Meurthe-et-Moselle). "J'ai demandé ce matin à l'ambassadeur de France au Luxembourg et au consulat général de bien vouloir (...) l'aider si nécessaire", a-t-il ajouté.

 

 

Les pratiques d'Apple, Ikea et Pepsi dévoilées au grand jour

Edouard Perrin a, lui, été inculpé en avril 2015 pour notamment complicité de vol domestique, violation du secret professionnel et violation de secrets d'affaires. Il lui est entre autres reproché d'avoir manipulé un autre employé de Pwc, Raphaël Halet pour organiser une seconde fuite de documents.

 

Halet est le troisième homme inculpé. Comme Antoine Deltour, il est poursuivi pour vol domestique, divulgation de secrets d'affaires, violation de secret professionnel et blanchiment. Leur ancien employeur, le cabinet d'audit PwC, est partie civile pour ce procès, qui doit durer jusqu'au 4 mai.

 

Il sera suivi de près par de nombreuses ONG, alors que le Luxembourg peine à se départir de son image de havre pour les entreprises cherchant à minimiser leur fiscalité, sur fond de forte sensibilisation de l'opinion à ces sujets.

 

Car si les récents "Panama Papers" ont mis au jour des montages complexes de société servant à dissimuler des avoirs, le scandale des "Luxleaks" a, lui, dévoilé au grand jour les pratiques fiscales utilisées par des firmes comme Apple, Ikea et Pepsi pour économiser des milliards de dollars d'impôts.

 

Des milliers de pages confidentielles sur les pratiques d'optimisation fiscale des multinationales installées au Luxembourg ont été divulguées. Elles détaillaient les "rescrits fiscaux" généreusement accordés par l'administration, négociés par la firme PwC pour le compte de ses clients.

 

"J'étais juste une source anonyme"

 

Les faits datent de l'époque où Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, était Premier ministre du Luxembourg (1995-2013). Une membre de son équipe actuelle à Bruxelles, la commissaire à la concurrence Margrethe Vestager, a été citée comme témoin par la défense. "Nous sommes en train d'étudier la demande", a indiqué lundi une porte-parole de l'exécutif européen.

 

Antoine Deltour avait eu accès à tous ces documents sur la banque de données de son employeur et les avait copiées avant son départ de l'entreprise en 2010. PwC avait déposé une plainte en juin 2012, déclenchant une enquête qui avait ensuite rebondi en 2014, après la publication des documents cette fois-ci par l’ICIJ, le Consortium international des journalistes d'investigation.

 

"Au départ, j'étais juste une source anonyme, et je me retrouve sur le devant de la scène", a raconté Antoine Deltour à l'AFP à la veille du procès, lors d'un entretien réalisé à Epinal (est de la France), sa ville natale où il est revenu vivre. Malgré des conséquences qu'il n'avaient pas anticipées, il ne regrette pas son acte et dit avoir simplement agi en "citoyen".

 

Il pouvait compter mardi matin sur plusieurs soutiens devant le tribunal de Luxembourg, avec des manifestants d'un collectif d'une vingtaine d'ONG et syndicats français. Trois eurodéputés Verts ont également annoncé leur présence, après que leur groupe a bataillé au Parlement européen contre la directive sur "le secret des affaires", adoptée il y a une dizaine de jours par le Parlement européen.

 

Ce texte, destiné à lutter contre l'espionnage industriel, a été largement critiqué par de nombreux journalistes et des ONG, estimant qu'il négligeait la protection des lanceurs d'alerte et des médias leur donnant la parole.

 

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7 avril 2016 4 07 /04 /avril /2016 08:39
François Hollande - Jean-Pierre Bernard

Evolution constitutionnelle ?

 

Le Magazine « Le Point » sous la plume de Léo Scheer faisait semblant, récemment de s’interroger : Hollande peut-il tomber dans un mois ?

 

Que l’on me permette de dire que Le Point prend ses désirs pour des réalités et joue la carte de l’anxiété pour ne pas dire la peur. La peur d’une réédition de Mai 68 transparaît dans cet article. 


Analyse un peut courte, semble-t-il, car la situation n’est pas comparable, la situation est plus grave socialement et les exemples grecques, espagnols, italiens et autres montrent des types d’actions nouveaux. Révolution dit le Point, le mot est lâché ! Ces mouvements sont pourtant plutôt pacifiques, mais il y a bien eu la "révolution des oeillets" au Portugal… Pacifique elle aussi pour sortir d'une dictature.

 

Toutefois, tout est possible, envisageable, Il est apparaît, pour pas mal d’observateurs, que Valls ne maîtrise plus grand chose et son virage autoritariste n’arrange rien, même si les sondages, pourtant en baisse, lui donnent encore une certaine épaisseur. Tout dérapage policier, aujourd’hui, peut être un boute-feu cela est un risque sérieux que ce gouvernement ne peut pas se permettre. Imaginons le décès d'un manifestant....

 

F. Hollande protégé par sa fonction peut et doit rester en place. Une possibilité, qui n’est pas évoquée, est celle du changement de gouvernement ce qui permettrait de botter en touche sur la loi El Khomri. D’autant que des gens travaillent, hors des instances gouvernementales et patronales, sur un nouveau code du travail. Un signe fort que la société est déjà au-dela de ce point d’achoppement qu'est la rprésentation nationale et l'exécutif. La rupture vis à vis de l’ensemble de la classe politique, sa déliquescencemême, est désormais évidente. La multiplication des candidatures à droite isolant le « Chef » Sarko est éclairante. A gauche ce n’est guère mieux. La société évolue très vite. C'est pour cela que je pense le discours sur le refus du changement, le soi-disant conservatisme du peuple est hors sujet, voire quasiment ringard.

 

Les jeunes en particulier, ceux de la "génération sacrifiée", mettent en place les réseaux qui s'affranchissent de la société politicienne et de la société de consommation.

 

Pour ma part je trouve qu’il serait judicieux que le peuple pousse à la mise en œuvre d’une assemblée constituante pour abolir la V République et faire venir la VI République. Là il y a du travail. On ne peut guère copier le régime américain cher à Sarko (c’est ce qu’il avait déclaré un jour) voire même au radicaux de gauche (Cf l’Audace à gauche) car ce n’est pas notre culture profonde.


Enfin le discours habituel de la droite sur l’impossibilité de réformer la France (Cf plu haut) est une connerie sans nom. Car, d’une part, on peut aisément convenir que trop de politiciens s’accrochent à leurs rentes de situation et peu ou prou croyant tenir les rênes et, d’autre part, ce serait proclamer que la France n’a pas changé depuis 1968 voire même, pourquoi pas, depuis 1789…


En revanche, ce qui s’est renforcé dans le temps, c’est que le véritable gouvernement s’exerce, aujourd’hui, par les Financiers et la Commission de Bruxelles, des instances éminemment démocratiques comme on le sait....


Et ce sera ma petite conclusion, le peuple appelle aujourd’hui à restaurer la démocratie et à restaurer la place de chacun dans une société républicaine. C'est peut être dans cette nouvelle espérance que ce situe  la symbolique de "Nuit debout".

 

Jean-Pierre Bernard
PRG29

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24 février 2016 3 24 /02 /février /2016 13:59
 
"Trop c'est trop"
 
Il est des vérités désagréables à dire, mais il est des moments où il faut savoir les mettre en copleine lumière. Trop, c’est trop ! Les motifs d’insatisfaction sur les politiques menées depuis 2012 n’ont pas manqué, et nous-mêmes, comme d’autres, n’avons pas manqué d’alerter. Depuis quelques mois, ces désaccords se sont mués en une grande inquiétude. La colère populaire s’est confirmée sans appel par quatre défaites électorales successives. Ce n’est plus simplement l’échec du quinquennat qui se profile, mais un affaiblissement durable de la France qui se prépare, et bien évidemment de la gauche, s’il n’est pas mis un coup d’arrêt à la chute dans laquelle nous sommes entraînés.
 
Bien sûr, nous n’oublions pas les succès de la COP21, la priorité donnée à la lutte contre les inégalités à l’école, les avancées de la loi santé. Mais, à côté de cela, que de reculs !
 
La gauche avait déjà assisté, incrédule, en janvier 2014, au pacte avec le Medef qui se révéla un marché de dupes. Nos mises en garde avaient alors été ignorées. Nous aurions aimé nous tromper. Malheureusement, de l’aveu du premier ministre lui-même, la réalité, tellement prévisible, est là : un million d’emplois promis, quelques dizaines de milliers tout au plus effectivement créés. Bien sûr, il fallait aider à la reconquête de la compétitivité de nos entreprises, mais pour cela il eût fallu cibler les aides sur celles exposées à la concurrence internationale et les lier à des contreparties précises.
 
Ces 41 milliards d’euros mobilisés pour rien, ou si peu, auraient été si utiles à la nouvelle économie, à l’écologie, à l’éducation et à la formation, aux territoires, à l’accès à l’emploi de ceux qui en sont le plus éloignés, au pouvoir d’achat, aux investissements publics et privés et donc aux carnets de commandes des entreprises. A chaque étape et par des voies multiples, nous avons fait des propositions précises pour relancer la croissance et l’emploi dans le cadre d’un nouveau modèle de développement social et écologique, et d’une réorientation de l’Europe, attelons-nous-y !
 
Puis, nous nous sommes vu infliger, à l’hiver 2015, ce désolant débat sur la déchéance de nationalité. Pourtant la France, autour du président de la République, s’était montrée digne et forte après les attentats de janvier comme de novembre. Nous avons approuvé l’état d’urgence comme le renforcement des moyens d’action de nos forces de l’ordre et des services de renseignement face à une menace terroriste d’un niveau sans précédent. A Versailles, le président de la République a émis l’idée d’une peine de déchéance de nationalité pour les terroristes. Très vite, chacun a compris l’impasse : réservée aux binationaux, elle est contraire au principe d’égalité ; appliquée aux mono-nationaux, elle fabriquerait des apatrides. Et, si ce débat nous heurte tant, c’est qu’il touche au fond à notre conception de l’identité de la France. Pour la gauche, l’identité française doit être républicaine, elle se définit comme une communauté non pas d’origine, mais de destin, fondée sur les valeurs de liberté, d’égalité, de fraternité et de laïcité.
 
Evitons cette fêlure profonde
 
Le texte adopté par l’Assemblée nationale a gommé les aspérités sans en supprimer les effets, et en les aggravant en étendant la déchéance de nationalité aux délits. Mis entre les mains de gouvernements futurs mal intentionnés, il ouvre la voie à toutes les dérives. Aller au Congrès de Versailles dans ces conditions serait une fêlure profonde pour la gauche et d’ailleurs aussi pour certains démocrates. Evitons-la. Substituons à cette déchéance de nationalité une peine de déchéance de citoyenneté ou d’indignité nationale inscrite dans la loi, frappant tous les terroristes quelle que soit leur origine.
 
Par une regrettable accélération du temps, la semaine dernière, ce fut la meurtrissure de l’indécent discours de Munich, à propos des réfugiés. Se revendiquer d’une liberté de ton n’autorise pas tout. Non, Angela Merkel n’est pas naïve, Monsieur le premier ministre. Non, elle n’a pas commis une erreur historique. Non, elle n’a pas mis en danger l’Europe, elle l’a sauvée. Elle l’a sauvée du déshonneur qui aurait consisté à fermer totalement nos portes à toutes ces femmes, ces hommes et enfants fuyant les persécutions et la mort et en oubliant ceux qui chaque jour perdent la vie en Méditerranée.
 
La fermeté, c’est le langage qu’il faut tenir à ceux des Etats européens qui s’exonèrent de toute solidarité, de toute responsabilité à l’égard des réfugiés. La France ne doit pas être de ceux-là. La France, quand elle s’appuie sur ces valeurs comme elle l’a fait dans son histoire en accueillant les opposants des dictatures par exemple, est un pays respecté, admiré et aimé. Cela oblige les femmes et les hommes qui le dirigent. La mission de la France n’est pas de dresser des murs, mais de construire des ponts. Sans nier un seul instant l’ampleur du problème, nous attendons de la France qu’elle se tienne aux côtés de ceux qui agissent.
 
Et, aujourd’hui, voici que l’on s’en prend au code du travail ! La gauche a appris des mouvements ouvriers qu’il n’y a pas de liberté sans égalité. Ce n’est pas une affaire de tabous. Le droit n’enferme pas, il libère. Il libère en arrêtant la liberté des autres où commence la sienne. Il libère en apportant aux plus faibles les droits qui visent à rééquilibrer les rapports dans l’entreprise.
 
C’est pour l’avoir ignoré que, partout au sein de la gauche, l’avant-projet de loi dit « El Khomri » a provoqué non plus de la déception, mais de la colère ! C’est toute la construction des relations sociales de notre pays qui est mise à bas en renversant la hiérarchie des normes, et en privilégiant l’accord dans l’entreprise dans un pays où le taux de syndicalisation est faible et où le patronat n’a jamais aimé la négociation. Les salariés vont subir un chantage permanent et les entreprises seront soumises à des distorsions de concurrence, alors que l’accord de branche unifie les conditions générales de travail pour les entreprises d’un même secteur. Et, à qui fera-t-on croire qu’en multipliant les facilités de licenciements, comme le prévoit le projet de loi – limitation du pouvoir d’appréciation du juge sur le motif économique, prise en compte des seules filiales françaises pour apprécier les difficultés économiques d’une multinationale, plafonnement à un niveau très bas des indemnités prud’homales pour licenciement abusif… –, oui, à qui fera-t-on croire qu’on favorisera ainsi l’emploi ? Réduire les protections des salariés face au licenciement conduira plus sûrement à davantage de licenciements !
 
Pas nous, pas la gauche !
 
Qui peut imaginer que, en généralisant les possibilités de ne plus payer les heures supplémentaires en heures supplémentaires – calcul sur trois ans de la durée du travail, rémunération au forfait dans les PME, possibilité de déroger à un accord de branche pour les majorations… –, on améliorera la situation de l’emploi en France ? Qui peut faire croire qu’augmenter le temps de travail va diminuer le chômage ? Moins de pouvoir d’achat pour les salariés, moins d’embauche pour les chômeurs en cas de surcroît d’activité, est-ce bien cela que l’on veut dans un pays de plus de 3,5 millions de chômeurs et dont les entreprises souffrent de carnets de commandes trop peu remplis ?
 
Que le patronat institutionnel porte ces revendications, pourquoi pas, même si elles nous paraissent en décalage avec ce que nous disent les entreprises sur le terrain. Mais qu’elles deviennent les lois de la République, sûrement pas ! Pas ça, pas nous, pas la gauche !
 
Bien sûr, comme tout texte de régulation, le code du travail doit évoluer, au regard des changements du monde, mais sans affaiblir sa force protectrice. La gauche doit porter en la matière de grandes réformes sources de compétitivité pour les entreprises et de progrès social pour les salariés, telles que la sécurité sociale professionnelle, qui permettent à chacun au XXIe siècle de rebondir en cas de difficultés, sans passer par la case chômage, et de progresser tout au long de sa vie professionnelle.
 
Et puis, disons-le, la méthode n’est plus supportable. On brandit à nouveau la menace de l’article 49-3. Et alors, nos députés en désaccord doivent-ils dire que, dans ce cas, ils voteraient la censure ? Tout cela est déraisonnable. Une France gouvernée sans son Parlement est mal gouvernée. La démocratie est atteinte. Redonnons tout son pouvoir au Parlement, respectant ainsi la Constitution, les textes qui en sortiront n’en seront que meilleurs et leur légitimité renforcée.
 
Les valeurs, l’ambition sociale, les droits universels de l’homme, l’équilibre des pouvoirs, que restera-t-il des idéaux du socialisme lorsque l’on aura, jour après jour, sapé ses principes et ses fondements ? Nous n’ignorons rien des difficultés du moment, la crise économique, la montée du terrorisme, le réchauffement climatique, les migrations, la crise agricole… Nous n’ignorons rien des difficultés de l’exercice du pouvoir, nous l’avons montré. De l’idéal au réel, il y a toujours une distance que, depuis Jaurès, nous assumons d’accepter.
 
Mais prendre le monde tel qu’il est n’est pas renoncer à le transformer pour le rapprocher sans cesse de ce qu’il devrait être. Encore moins de l’éloigner de toute idée de justice. C’est pourtant ce qui est en train de se passer. Il ne suffit pas de se revendiquer du réformisme social pour en mériter le titre. Il n’y a ni vraie réforme ni social dans nombre de politiques qui sont menées depuis deux ans. On y trouve des propositions puisées dans le camp d’en face, qui n’ont rien de moderne, et qui sont inefficaces. Et, puisqu’on nous parle du serment de Versailles, rappelons-nous de celui du Bourget, mis à mal une fois de plus, et qui pourtant fonde la légitimité au nom de laquelle le pouvoir est exercé depuis 2012.
 
Pour sortir de l’impasse, il faut de vraies réformes, synonymes de progrès économique, social, écologique et démocratique. Elles doivent être porteuses d’émancipation pour chacun et de vivre-ensemble pour tous. C’est ce chemin qu’il faut retrouver ! Celui de la gauche tout simplement !
 
Les signataires de ce texte sont : Claude Alphandéry (résistant, économiste engagé dans l’insertion), Martine Aubry (maire de Lille, PS), Daniel Cohn-Bendit (ancien député européen écologiste), Daniel Cohen (économiste, membre du conseil de surveillance du « Monde »), Laurence Dumont (première vice-présidente de l’Assemblée nationale, députée du Calvados, PS), Yann Galut (député du Cher, PS), Jean-Marc Germain (député des Hauts-de-Seine, PS), Annie Guillemot (sénatrice du Rhône, PS),Benoît Hamon (député des Yvelines, PS), Yannick Jadot (député européen, EELV), Bruno Julliard (premier adjoint à la maire de Paris, PS), Axel Kahn (généticien, essayiste), Chaynesse Khirouni (députée de Meurthe-et-Moselle, PS), François Lamy (député de l’Essonne, PS), Gilles Pargneaux (député européen, PS), Christian Paul (député de la Nièvre, PS), Laura Slimani (présidente des Jeunes socialistes européens) et Michel Wieviorka (sociologue
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Published by radicalisme-finisterien - dans Politique Billet d'humeur
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