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7 novembre 2015 6 07 /11 /novembre /2015 15:45

Bon, sur ce coup là ; on va faire simple et efficace ; ça commence à être plus que gavant que de lire les commentaires des idiots de la république qui, à défaut d’avoir des convictions, se pavanent sur les réseaux sociaux avec des affirmations plus fausses les unes que les autres.

Florilège des attaques contre Christiane Taubira,

Garde des sceaux et ministre de la justice.

NON, LA LOI TAUBIRA NE S’OCCUPE PAS DES CRIMES, MAIS DES DÉLITS.

Donc raconter que des «criminels» sont dehors à cause de la Garde des sceaux est une connerie ridicule.

La loi relative à la prévention de la récidive et à l’individualisation des peines, définitivement adoptée par le Parlement le 17 juillet 2014, a été jugée conforme à la Constitution par le Conseil constitutionnel dans sa décision du 7 août 2014. La loi a été promulguée le 15 août, elle a été publiée au Journal officiel du 17 août 2014.

QUELLES SONT LES PRINCIPALES MESURES DE LA LOI ?

Contestée par les députés auteurs de la saisine du Conseil constitutionnel, la création de la contrainte pénale a été validée par le Conseil. La contrainte pénale est une nouvelle peine qui soumet le condamné à un ensemble d’obligations et d’interdictions (de se rendre dans certains lieux, de rencontrer certaines personnes, etc.) et à un accompagnement soutenu (programme de soins, d’insertion professionnelle, etc.) pendant une durée qui peut aller de 6 mois à 5 ans.

Elle concernera principalement des personnes majeures aujourd’hui condamnées à des peines de prison avec sursis et mise à l’épreuve, ou ayant commis un délit pour lequel une peine d’emprisonnement inférieure ou égale à 5 ans est encourue (vols, dégradations, outrages, délits routiers, violences, etc.). Au-delà de 2017, elle sera applicable à l’ensemble des délits.

La loi supprime les "peines planchers", introduites dans la législation en 2007. En vertu de la loi du 10 août 2007, les crimes ou délits commis en état de récidive ne pouvaient plus être punis d’une peine d’emprisonnement ou de réclusion inférieure à certains seuils, fixés par la loi et proportionnels au maximum encouru.

La loi du 14 août 2011 avait étendu ce dispositif de peine minimale à la répression des violences les plus graves, même lorsqu’elles ne sont pas commises en état de récidive.

En matière de droits des victimes, les bureaux d’aide aux victimes seront généralisés à tous les tribunaux de grande instance. Ouvert à l’intérieur des tribunaux, le bureau d’aide aux victimes est un guichet unique (service d’accueil, d’écoute et d’information) permettant aux victimes d’être renseignées, accompagnées et orientées, depuis le dépôt de la plainte jusqu’à la phase d’exécution de la décision de justice.

Non, ce n’est pas la loi Taubira qui permet à des personnes condamnées de ne pas être incarcérées en cas de condamnations à deux ans de prison, c’est la loi Dati de 2009 qui l’autorise.

La loi a été promulguée le 24 novembre 2009. Elle a été publiée au Journal officiel du 25 novembre 2009.

Saisi le 20 octobre 2009 d’un recours déposé par plus de 60 députés, le Conseil constitutionnel avait rendu le 19 novembre 2009 une décision validant l’essentiel du texte de la loi.

Le texte définitif du projet de loi avait été adopté le 13 octobre 2009, le Sénat et l’Assemblée nationale ayant adopté le texte mis au point par la Commission mixte paritaire.

Présenté en Conseil des ministres le 28 juillet 2008 par Mme Rachida Dati, ministre de la justice, le projet de loi avait été adopté en première lecture par le Sénat, après déclaration d’urgence, le 6 mars 2009 et par l’Assemblée nationale, avec modification, le 22 septembre 2009.

Par ailleurs plusieurs dispositions visent à développer les alternatives à la détention provisoire et les aménagements de peine, ce qui pourrait contribuer à diminuer le surpeuplement des prisons :

  1. Les prisonniers condamnés à une peine inférieure à 5 ans pourront sortir de prison quatre mois avant la fin de leur peine et devront porter un bracelet électronique durant ces quatre mois.
  2. Les personnes mises en examen pourront être assignées à résidence sous bracelet électronique au lieu d’être incarcérées en détention provisoire.
  3. Les aménagements de peine seront facilités pour les peines d’emprisonnement de moins de 2 ans (à l’exclusion des récidivistes et des délinquants sexuels).
  4. Les prisonniers âgés de plus de 75 ans pourront bénéficier d’une libération conditionnelle avant même d’avoir effectué la moitié de leur peine.
  5. Les suspensions de peines pour les grands malades seront plus faciles à obtenir.

Non, jamais aucun fils de la Garde des sceaux ne fut emprisonné ; c’est un hoax issu des débiles qui n’ont aucun argument contre elle.

Le site FranceTV Info a décidé il y a longtemps de décrypter cette rumeur après avoir été interpelé par le nombre d'internautes évoquant le sujet sur ses forums. Linternaute.com reçoit aussi de nombreuses contributions sur ce sujet et nombre de questions avaient été adressées à la ministre lors de son interview dans l'émission #DirectPolitique en juin 2013. Bien que très virale, la rumeur est pourtant totalement infondée. A l'origine, celle-ci est issue du courrier d'une mère diffusé sur Internet et intitulé "Lettre d'une mère à une autre mère" avec le surtitre "Histoire vraie". Celle-ci s'adresse directement à Christiane Taubira, et est signée de la "mère du jeune homme que [son] fils a assassiné". Un jeune homme qui "travaillait de nuit pour pouvoir payer ses études et aider sa famille", est-il encore précisé...

Sauf que l'histoire est parfaitement inventée. Edith Besançon, une habitante de Beaumur, dans la Vienne, dont le nom apparait en bas du faux courrier, a été interrogée par Le Dauphiné. Et celle-ci nie être à l'origine de la lettre. Elle affirme en outre qu'aucun de ses fils n'a été assassiné. Quant à Christiane Taubira, elle a effectivement quatre enfants dont deux garçons. Et aucun d’eux ne fut emprisonné.

Non Christiane Taubira n’a pas été muette lors des attentats et, d’ailleurs, non ce n’est pas le rôle de la Garde des sceaux de développer les actions gouvernementales dans le cas d’attentats mais celui du ministre de l’intérieur et, in fine, celui du premier ministre.

Émouvant hommage de Christiane Taubira à Bernard Verlhac, dit "Tignous, abattu par les terroristes le 7 janvier dernier à Charlie Hebdo. Au moins, elle, le connaissait personnellement ; cela évitera, du moins nous le souhaitons, les commentaires des "neuneus" sur la pseudo récupération politique.

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NON, CE N’EST PAS LA LOI TAUBIRA QUI A FAIT SORTIR DE PRISON LES AUTEURS DES ATTENTATS DE JANVIER

Sur les réseaux sociaux on a une bande de con qui s’acharne (encore) sur la Garde des Sceaux : « ZavezVu ? Oui ce terrosriste de Coulibaly, vous savez quoi? c’est la loi Taubira qui l’a sorti de prison! Mais bien sûr! Ah quel laxisme! yakafokon.. » toussa.. C’est complètement faux et pour une raison très simple...

La libération d’Amedy Coulibaly (Mai 2014) est antérieure à la Loi Taubira promulguée le 15 Août 2014, entrée en vigueur le 01 janvier 2015. Ah bon? Et ben oui.

Ce terroriste a fait 4 ans de prison (depuis 2010, en préventive d’abord avant sa condamnation de décembre 2013) et a bénéficié d’une remise de peine conformément aux lois sécuritaires de … la Droite! soit 6 mois au titre des«crédits de réduction de peine» prévus par l’article 721 du code pénal sous Sarkozy. Oui, tant qu’à dire la vérité aux français, si ça vous fait plaisir, ça ne coûte pas cher de lire ce qui suit.

Si la réforme pénale de Christiane Taubira a effectivement réformé à la marge le crédits de réduction de peine( il est absurde d'établir un lien entre le texte et la libération du futur terroriste... pour la bonne raison que la loi Taubira est postérieure (promulguée en août 2014) à la libération d’Amedy Coulibaly (mai 2014). Les réductions de peine du futur terroriste ou son placement sous surveillance électronique en fin de peine sont l'application de dispositions préexistant à la réforme pénale de la garde des Sceaux.

Au total, si on peut s'étonner que le futur terroriste soit sorti des radars des services de renseignements français, l'exécution de sa peine de détention ne traduit aucun laxisme particulier, comme le suggère Marine Le Pen, et encore moins les effets de la réforme Taubira, comme certains le véhiculent sur les réseaux sociaux.

 

Bref ; ces crétins feraient mieux de savoir de quoi ils causent avant de l’ouvrir. Et surtout, les connards qui partagent ces fausses infos sur le net feraient bien mieux d’apprendre comment fonctionne leur pays.

 

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8 octobre 2015 4 08 /10 /octobre /2015 20:36

François Hollande et Marine Le Pen se sont heurtés au Parlement européen. Une image symbole, qui préfigure 2017, et devrait inquiéter Nicolas Sarkozy, qui semble ne plus pouvoir faire barrage au FN.

François Hollande n'est jamais aussi bon que lorsqu'il fait du François Hollande. On l'a vu ce mercredi, quand de passage au Parlement européen, en compagnie d'Angela Merkel, il s'est autorisé à éreinter, en quelques mots bien sentis, la pauvre Marine Le Pen. L'image de l'humiliation de la présidente du FN restera. L'histoire dira si nous n'avons pas assisté là, en ce début d'octobre 2015, à ce qui sera le duel final de l'élection présidentielle de 2017.

Une fois de plus, Marine Le Pen a été victime de son habitus. Sa détestation de la France est plus fort que son Surmoi gaulliste artificiel greffé par Florian Philippot sur un Moi maréchaliste. Dans l'hémicycle du Parlement européen, Marine Le Pen fut authentique. Grossière. Provocatrice. Vindicative. Haineuse. Odieuse. Et surtout sans respect pour ce qu'elle prétend chérir, la France elle-même, incarnée par son président de la République, François Hollande.

Rien n'a manqué au pot-pourri (c'est le cas de le dire) de Marine Le Pen.

L'humour calamiteux, façon Jean Roucas : "Merci, madame Merkel, de venir avec votre vice-chancelier administrateur de la province France."

La volonté d'humilier l'autre : "Monsieur le vice-chancelier, j’aurais aimé vous appeler monsieur le président de la République, mais, pas plus que votre prédécesseur, vous n’exercez cette présidence."

L'accusation insensée de trahison envers François Hollande, suspect de suivre "aveuglément une politique décidée à Berlin, Bruxelles ou Washington".

Et la germanophobie enfin, accusant le président français de participer à la "tentative absurde d’une domination allemande de l’Europe".

La surprise est venue de François Hollande qui, en quelques mots, a réglé son compte à la présidente du FN. Depuis son élection, on avait fini par oublier que François Hollande est un redoutable tribun, et un formidable débatteur. De ce point de vue, le rappel est utile.

Sur la forme, en se montrant vif et engagé.

Sur le fond, en rappelant l'essentiel.

Ne confondant pas souveraineté qui n’a «rien à voir avec le souverainisme».

Ne cédant pas un pouce sur la nécessaire construction d'une Europe souveraine : "La souveraineté européenne, c’est d’être capable de décider pour nous-mêmes et d’éviter que ce soit le retour aux nationalismes, aux populismes, aux extrémismes".

Ne dissimulant pas la catastrophe que représenterait la sortie de l'Europe d'une France qui aurait voté Le Pen : "La seule voie possible pour celles et ceux qui ne sont pas convaincus de l’Europe, c’est de sortir de l’Europe, tout simplement. Il n’y a pas d’autre voie. Celle-là est terrible, mais elle est celle de la logique: sortir de l’Europe, sortir de l’euro, sortir de Schengen ".

N'hésitant pas, enfin, à démasquer l'ultime but de Marine Le Pen, qui veut sortir de tout, y compris "sortir de la démocratie".

Hollande rejoint Mitterrand qui avait tenu, il y a vingt ans, devant le même Parlement européen, des propos identiques, célébrant une Europe qui avait tué la guerre au profit de la paix, inventé une souveraineté dépassant les souverainismes et construit une société de progrès. "Le nationalisme, c'est la guerre" avait conclu le vieux président achevant ses deux septennats, ultime avertissement adressé à des Européens (déjà) parfois tenaillés par des tentations identitaires.

Hollande a repris le flambeau. Enfin. Sans ambiguïté. Sans reniement. Ce faisant, il n'a pas seulement répondu à Marine Le Pen, mais aussi à tous les déclinistes de France qui pensent, de Eric Zemmour à Alain Filkielkraut en passant par Robert Ménard et Nadine Morano, que la France serait beaucoup plus heureuse fermée au monde, repliée sur des frontières illusoires, crispée sur une identité judéo-chrétienne qui n'a jamais existé.

Le message vaut aussi pour cette gauche de la gauche, la gauche inutile et dangereuse, celle de Onfray et Mélenchon, Besancenot et Laurent, qui se met aussi à penser souverainisme et germanophobie. Oui, Hollande a eu raison de rappeler que la souveraineté, ce n'est pas le souverainisme, inséparable du nationalisme, lui même inséparable de la guerre. La souveraineté, nationale et européenne est d'abord synonyme de liberté et paix.

Enfin, il y a le dernier mot de François Hollande, jeté à Marine Le Pen, qu'en vérité, elle veut "sortir de la démocratie". C'est le seul moment où, sur les images de télévision ayant enregistré l'échange, Marine Le Pen perd ses moyens, efface son sourire narquois et son rictus de haine tranquille.

"Sortir de la démocratie", c'est effectivement le programme du FN, synthétisé en une formule par François Hollande qui, pour le coup, à ce moment là, vise juste. Au-delà même de l'enceinte du Parlement européen, le président s'adresse aux Français, qui seront appelés en 2017, à se prononcer sur le destin présidentiel que Marine Le Pen ambitionne. Voudront-ils, oui ou non, "sortir de la démocratie" comme le leur propose Marine Le Pen. Parce qu'en vérité, l'enjeu sera d'abord et avant tout celui-là, au-dessus de tous les autres.

Dans ce dessein, François Hollande ne doit pas en rester là. Sans doute doit-il désormais continuer de parler France aux Français, ce qu'il n'a jamais véritablement fait depuis son élection, passant l'essentiel de ces interventions télévisées à délivrer des cours de macro-économie pour le moins inaccessibles. C'est une chose de régler son compte à Marine Le Pen au sein du Parlement européen, c'en est une autre désormais que de donner envie à ceux qui seraient tentés de voter pour "sortir de la démocratie" que se détourner de cette voie funeste. Le président sortant va devoir donner envie de démocratie. Parler France et âme de la France.

Cette image d'un premier échange Hollande/Le Pen restera. Comme si l'un et l'autre, tacitement, en s'affrontant sans ménagement, avaient acté que 2017 a commencé ce 7 octobre 2015 au Parlement européen. Entre eux. Rien qu'entre eux. Comme si Nicolas Sarkozy, qui n'est même plus capable de ramener Nadine Morano à la raison, n'était plus qu'un figurant dans la pièce qui va se jouer.

Parce qu'au delà de l'absence, ce duel Hollande/Le Pen démontre que l'un comme l'autre savent où ils vont. Comment ils y vont. Avec qui ils y vont. A chacun sa boussole. Tournée vers le progrès pour l'un, la réaction pour l'autre. Nicolas Sarkozy lui, ne sait pas où il va. Ni comment. Ni avec qui. Tandis qu'Hollande et Le Pen se confrontaient au Parlement européen, l'ancien président n'était toujours pas capable d'en finir avec Nadine Morano, incarnation de la passerelle ouverte du vote "Les Républicains" vers le vote FN.

Sarkozy qui se perd en atermoiements et prend le risque de voir ses électeurs partir, qui vers le centre gauche, qui vers le FN... Sarkozy qui n'est déjà plus capable de dire à Marine le Pen qu'elle entend « sortir de la démocratie » en France... Sarkozy qui ne fait pas barrage au FN, mais l'encourage... Sarkozy qui contribue de lui-même à donner corps à cette idée que s'il continue ainsi, 2017 se finira effectivement entre François Hollande et Marine Le Pen. "Sortir de la démocratie" ou pas.

Www.challenge.f

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16 septembre 2015 3 16 /09 /septembre /2015 06:36

« La laïcité, écrit Eddy Khaldi, dans son ABC de la Laïcité qui vient de paraître, est un mot aux interprétations multiples et sa définition l’enjeu de querelles politiques. » Mais l’idée de laïcité devient intelligible si on situe les valeurs en jeu, ainsi que les moyens et méthodes qu’on est prêt à mobiliser pour les faire prévaloir. C’est ce à quoi s’attache ce bon manuel.

Eddy Khaldi, illustrations d’ALF, ABC de la Laïcité, Demopolis, 2015, 27 €.

Eddy Khaldi, illustrations d’ALF, ABC de la Laïcité, Demopolis, 2015, 27 €.

À la suite des générations militantes laïques qui se sont succédé aux XIXe et XXe siècles, Eddy Khaldi identifie dans la liberté la valeur cardinale de la laïcité, qu’elle soit individuelle ou politique ; d’émancipation, de création, ou d’autonomie ; qu’elle combatte les oppressions, les aliénations, ou les fanatismes haineux et débilitants… À travers la laïcité, on voit combien la liberté de choix a besoin des lumières de la raison, et on comprend qu’une république émancipée des dogmes religieux attend de ses membres qu’ils accèdent au plus haut degré d’instruction.

La première partie, Qu’est-ce que la laïcité ?, croise une approche systématique et une approche historique. Elle évite ainsi le relativisme d’une dispersion des significations de la laïcité, et le dogmatisme d’une définition simpliste. L’ABC dégage les fondamentaux de la laïcité : la liberté de conscience, l’égalité de droits, la neutralité de l’État. Il fait saisir sans détours ses contraires et ses faux amis. Il y a plus d’un siècle, déjà, Buisson ironisait sur une laïcité comblée au point d’être encombrée par trop d’amis qui l’aiment quand elle renonce à l’essentiel de ses combats… Quelques-uns des préjugés à l’encontre de la laïcité sont battus en brèche, arguments et textes à l’appui. Non, la laïcité n’est pas une exception française mais un idéal universel qui traverse les peuples et les continents. Non, la laïcité n’est pas antireligieuse pas plus qu’elle ne serait une nouvelle religion ou une multi-confessionnalité. Car la laïcité se situe sur un autre plan que les options spirituelles, religieuses, agnostiques, ou athées, relatives au sens de l’existence et au sort des défunts. Son plan est celui du droit commun démocratique, qui permet de vivre autour de l’idéal commun de liberté, d’égalité et de fraternité. L’ABC de la Laïcité fournit des repères permettant de cerner le cadre juridique de la laïcité. Il fait apparaître, références précises à l’appui, trois étapes majeures de la séparation en France d’avec les religions : celles de l’état civil, de l’école puis de l’État. Il utilise la distinction très éclairante, introduite par Catherine Kintzler, entre l’espace relevant de l’autorité publique, celui de la société civile et celui propre à la vie privée. Cette tripartition permet d’éviter des malentendus et de démasquer des dérives symétriques, qui retournent la laïcité contre elle-même, qu’elles soient xénophobes, étatiques ou communautaristes.

La seconde partie, La Charte de la laïcité à l’école, est la plus remarquable. Alors que La Charte de la laïcité à l’école est entrée en vigueur il y a juste deux ans, elle n’a pas encore été l’objet d’une appropriation par les personnels et par les élèves, pour des raisons qui tiennent autant à la politique qu’à la pédagogie. La Charte est trop souvent passée sous silence du fait d’allergies idéologiques tenaces, quoique rarement avouées, à la laïcité et à la nouvelle Charte. Il arrive aussi que la Charte soit présentée de façon si édulcorée qu’elle apparaît lénifiante, valable seulement dans un monde de bisounours. Mais les oppositions sournoises ne sont pas seules en cause. Des obstacles pédagogiques expliquent également le retard pris dans l’appropriation de la Charte par les établissements scolaires. Car il faut trouver le langage approprié pour faire réfléchir les élèves. La Charte de la laïcité ne peut être enseignée valablement que de façon… laïque. Elle ne sera en conséquence ni prêchée ni inculquée, mais expliquée, discutée ou représentée, pour être identifiée et mise à l’épreuve à partir de ses enjeux et de ses tensions vivantes. L’ABC de la Laïcité propose une approche judicieuse de ce texte : chacun des quinze articles cités est suivi d’un commentaire personnel d’auteurs spécialistes de la laïcité ainsi que de références législatives ou réglementaires. Ainsi, le difficile article 10, qui dispose qu’il appartient à tous les personnels de transmettre le sens et la valeur de la laïcité, est-il remarquablement mis en perspective par l’historien Jean-Paul Scot, qui explique que l’éducation nationale n’est pas une simple administration d’État mais une institution publique investie de la mission de transmettre aux élèves des connaissances par l’initiation à la raison et à la science, leur permettant de devenir des hommes et des femmes libres et responsables. De même, l’article 14, qui fait référence aux règles de vie dans les établissements scolaires, est-il mis en rapport à la loi du 15 mars 2004 mais aussi aux questions relatives aux sorties et à la restauration scolaires. Ces deux questions sont l’une et l’autre clarifiées, quand on aperçoit qu’un accompagnateur scolaire tient le rôle d’un contributeur au travail de l’enseignant, non celui d’un promeneur ou d’un usager. De même, les querelles qui sèment fâcheusement la discorde à propos des cantines scolaires sont dissipées si l’on n’impose pas un menu unique et si l’on opte pour la formule moderne du self service. Dans tous les cas, on aperçoit que les exigences de la laïcité scolaire ne sont en rien le symptôme d’une irréligion d’État. Elles sont au contraire pleinement « inclusives », soucieuses de la bonne marche de l’école et de l’intérêt des élèves, tout en préservant du communautarisme qui aggrave les fragmentations et les désintégrations sociales

La troisième partie, La laïcité en éducation, complète les précédentes. Est montré combien le principe d’égalité est essentiel à la laïcité de l’école, à son universalité concrète. De même, voit-on que depuis ses origines jusqu’à la Charte de la laïcité, l’école laïque a vocation à préserver la liberté de conscience de l’enfant en n’imposant aucune vision de l’existence, et en lui permettant de les connaître de façon objective. Il n’en est pas de même de l’enseignement catholique dont le nouveau statut de 2013 déclare « travailler à faire connaître la Bonne nouvelle du Salut » et que le Christ est « le fondement du projet éducatif de l’école catholique ». Pourtant, l’école catholique est financée par la collectivité publique, au moins à égalité avec l’école publique et sans disposer des mêmes obligations. On est loin des principes d’égalité et de liberté qui président à la laïcité de l’enseignement public et à la séparation des Églises et de l’État.

Eddy Khaldi se garde d’un consensualisme stérile, en assumant les discussions et même les polémiques. Il évite aussi un sectarisme désolant, en faisant converger des perspectives différentes autour d’un volontarisme laïque. En contrepoint de la liberté et de l’égalité, il insiste sur la référence à la fraternité, quelque peu désertée ces dernières décennies par les laïques qui s’étaient confortablement installés dans le cadre juridique sécurisant de l’État laïque des Trente Glorieuses. Ces laïques avaient oublié que l’édifice juridique d’égale liberté risque de s’écrouler comme un château de cartes s’il se coupe de sa base sociale concrète. La fraternité républicaine et universaliste, et non pas communautariste et exclusive, rassemble concrètement, au-delà des dogmes qui divisent. Pour cette raison aussi, le manuel de Khaldi se situe au cœur des enjeux contemporains.

On mentionnera enfin les très bonnes illustrations d’Alain Faillat, dit ALF, intelligentes et drôles, dont certaines peuvent servir de support pédagogique.
En cette rentrée scolaire, tout citoyen, enseignant, éducateur populaire ou parent, qui veut disposer d’un bon manuel sur la laïcité, actualisé et fiable, bien fourni en ressources juridiques et institutionnelles, gagnera à disposer à portée de main de l’ABC de la Laïcité.

avec l'UFAL.

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29 juillet 2015 3 29 /07 /juillet /2015 12:21

SÉJOUR DU ROI SALMANE À VALLAURIS :

UNE ENCLAVE DE L’ÉTAT SAOUDIEN ?

 

 

Roger-Gérard Schwartzenberg, président du groupe radical RRDP (Radical, Républicain, Démocrate et Progressiste) de l’Assemblée nationale :

 

«Le roi d’Arabie saoudite, monarque d’un régime humaniste qui applique périodiquement la peine de mort et la flagellation, a donc choisi Vallauris pour ses vacances.

 

À cette fin, la plage publique de la Mirandole, jouxtant la propriété royale a été privatisée, un arrêté préfectoral du 24 juillet en interdisant l’accès au public. La construction d’un ascenseur et d’un escalier facilitant l’accès de cette villa à cette plage a été validée. Et un corridor de 300 m a été interdit à la navigation. Le tout sans prêter une attention extrême aux règlements en vigueur.

 

Un peu comme si cette portion du territoire devenait une enclave – au moins estivale – de l’État saoudien.

Par ailleurs, à la demande de nos hôtes saoudiens qu’on sait modérément attachés aux droits des femmes, une policière aurait été éloignée du dispositif de sécurité.

 

Certes, les lois de l’hospitalité sont importantes. Mais se situeraient-elles au-dessus des lois relatives à l’égalité hommes-femmes et, accessoirement, aux lois régissant l’utilisation du domaine public ? La question peut être posée. »

 

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27 mai 2015 3 27 /05 /mai /2015 12:59

Droitisation, mode d’emploi

par Serge Halimi, juin 2015

Cortèges protestataires, participation aux élections, exercice du pouvoir. Ces trois types d’action politique comportent une caractéristique commune : les catégories populaires s’en éloignent ou en sont écartées. Lorsque, le 11 janvier dernier, des millions de Français ont manifesté leur solidarité avec les victimes des attentats de Paris, la mobilisation des classes moyennes a contrasté une fois de plus avec celle, relativement plus modeste, du monde ouvrier et de la jeunesse des quartiers défavorisés. Depuis des années, la « rue » s’embourgeoise. Les urnes aussi. A chaque élection ou presque, le taux de participation régresse conjointement avec le niveau de revenu. Et la « représentation nationale » n’est guère mieux lotie, puisque son visage se confond avec celui des classes supérieures. La politique, un sport d’élite ?

On l’observe déjà dans le cas de la gauche européenne. Créé au début du XXe siècle par les syndicats, le Parti travailliste britannique avait pour vocation de représenter l’électorat ouvrier. En 1966, 69 % des travailleurs manuels lui accordaient leur vote ; cette part est passée à 45 % en 1987, puis à 37 % lors du scrutin du 7 mai dernier. Le blairisme estima qu’il fallait donner la priorité aux classes moyennes. Mission accomplie : c’est avec l’électorat le plus bourgeois de leur histoire que les travaillistes viennent d’essuyer un revers électoral retentissant (lire « Au Royaume-Uni, la victoire des bourreaux »)...

« La désaffection grandissante des milieux populaires pour les partis de gauche, observable dans toutes les démocraties occidentales électives, relève le politiste Patrick Lehingue, n’est sans doute pas sans rapport avec la raréfaction des élus qui, issus des milieux défavorisés, en avaient éprouvé les conditions d’existence. » Jugeons-en plutôt : en 1945, un quart des députés français étaient ouvriers ou employés avant leur élection ; il n’en reste que 2,1 % dans ce cas aujourd’hui. En 1983, soixante-dix-huit maires de communes de plus de trente mille habitants provenaient encore de ces deux catégories sociales (majoritaires dans la population) ; trente ans plus tard, ils n’étaient plus que six (1).

Représentatif, le système ? Plus de la moitié des Américains jugent que l’Etat devrait redistribuer la richesse en imposant fortement les nantis. Lesquels — c’est humain — ne sont que 17 % à partager un tel souhait (2). Le fonctionnement des démocraties occidentales garantit cependant que leur avis l’emportera là encore, sans débat réel. Une classe consciente de ses intérêts se montre d’autant plus sereine que des sujets de diversion montés en épingle par les médias qu’elle détient continuent d’ensorceler le débat public. Et d’opposer les catégories populaires entre elles.

Quand ce système est bien rodé, il ne reste plus qu’à convoquer des experts très savants dont la mission est de nous rappeler que l’apathie des uns comme la colère des autres s’expliquent par la « droitisation » de nos sociétés...

Serge Halimi

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27 mai 2015 3 27 /05 /mai /2015 10:12

JEAN ZAY

LE COMMUNIQUÉ DU COMITÉ NATIONAL D’ENTENTE :

UNE RARE INCONVENANCE

 

Roger-Gérard Schwartzenberg, président du groupe Radical (RRDP) de l’Assemblée nationale :

« La ‟condamnation totale” du transfert des cendre de Jean Zay au Panthéon par un communiqué du ‟Comité national d’entente”, regroupant des associations patriotiques et du monde combattant, est d’une rare inconvenance.

Comme l’avait fait Philippe Henriot et ‟Gringoire”, ce communiqué se réfère à un texte, ‟Le Drapeau”, que Jean Zay avait écrit à 19 ans dans un échange entre étudiants et qui était en fait un pastiche littéraire, ce dont il s’était souvent expliqué, notamment à la Chambre le 31 janvier 1936 lors de sa première nomination au gouvernement.

En revanche, le Comité passe totalement sous silence l’action patriotique de Jean Zay. En septembre 1939, alors que les ministres ne sont pas mobilisables, il refuse de bénéficier de cette disposition et rejoint l’armée. Ses supérieurs militaires l’attestent : ‟Le sous-lieutenant Jean Zay était volontaire pour remplir les missions les plus périlleuses.”

Sous Vichy, Jean Zay est indûment condamné sous une fausse accusation en octobre 1940 et détenu à la maison d’arrêt de Riom. Le 20 juin 1944, trois miliciens l’en extraient et l’abattent d’une rafale de mitraillette. Ses derniers mots : ‟Vive la France !”.

Le 5 juillet 1945, la Cour d’appel de Riom annule la décision prononcée contre Jean Zay en octobre 1940 par la justice de Vichy et le réhabilite totalement. En 1946, il est cité à l’ordre de la Nation par le président du Gouvernement provisoire de la République. En 1947, à la Sorbonne, l’Université lui rend un hommage solennel, en présence de Léon Blum qui déclare : ‟Tout en lui respirait la noblesse de la pensée, le désintéressement, la loyauté, le courage, l’amour du bien public.”

Cela suffira-t-il au Comité national d’entente, auto-érigé en arbitre suprême du patriotisme ? »

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23 mai 2015 6 23 /05 /mai /2015 12:32

La véritable histoire de Charles Martel :

celle que Ménard et Jean-Marie Le Pen

ignorent

Publié le 23-05-2015 à 09h33 -

Modifié à 12h29

Par Salah GuemricheÉcrivain

 

 

LE PLUS. Cette figure historique est fréquemment invoquée, en particulier par l'extrême droite. Mais qui était vraiment Charles Martel ? Quelle est la part de mythe et celle de vérité ? Salah Guemriche, essayiste et romancier algérien, auteur notamment de "Abd er-Rahman contre Charles Martel", partage ses connaissances.

Édité et parrainé par Hélène Decommer

Depuis le fameux 11 janvier, dont la droite voudrait faire une "Journée d’unité nationale et de lutte contre le terrorisme", le nom de Charles Martel, "sauveur de la chrétienté", est venu, dans bien de réseaux liés à l’extrême-droite, se rappeler au bon souvenir non pas de la France "pays des droits de l’homme", mais de la France "fille aînée de l’Église".

Comme si la théorie du "choc des cultures" s’était muée en celle d’une "guerre de religions", ce que Jean-Marie Le Pen, toujours aussi lourdement calembourdesque, a résumé d’un cri : "Je suis Charlie Martel !"

C’est précisément dans cette mouvance lepéniste que Robert Ménard a lancé sa énième provocation, en commençant par criminaliser les petits écoliers biterrois sur la seule base de la "consonance musulmane" de leurs prénoms ! Dans ma tribune, publiée sur Le Plus de l'Obs le 12 mai ("Robert Ménard, changez vitre de patronyme"), j’ai dit ce que je pensais de ce forfait antirépublicain. Cela m’a valu nombre d’incriminations avec, à l’appui, des arguments puisés dans les pages d’un Deutsch métronome promu rewriter du roman national. Comme tant d’autres thèses scolaires, celle de notre auteur-baladin illustre brillamment cette leçon de Marc Bloch (dans son "Apologie pour l’Histoire") :

"Aussi bien que des individus, il a existé des époques mythomanes […] C’est d’un bout à l’autre de l’Europe, comme une vaste symphonie de fraudes. Le moyen âge, surtout du VIIIe au XIIe siècle, présente un autre exemple de cette épidémie collective… Comme si, à force de vénérer le passé, on était naturellement conduit à l’inventer."

Charles Martel, "dilapidateur et enragé tyran"

C’est pour répondre à ces nostalgiques orphelins de Charles Martel, comme à notre "rapporteur-sans-frontières" des thèses d’extrême droite, que je tiens à fournir, ici, quelques éléments d’information sur la véritable nature du "tombeur des Sarrasins", et, par la même occasion, sur l’histoire de Béziers (ville dont Robert Ménard a chargé Renaud Camus, le théoricien du Grand Remplacement, d’écrire l’histoire)…

Pour en finir, donc, avec cette légende qui fait de Charles Martel le "sauveur de la chrétienté", précisons d’emblée que le chef franc, connu de son vivant comme le plus grand "spoliateur des biens de l’Église", n’a jamais bouté les Arabes hors de "France", pour trois raisons : primo, ce pays n’existait pas encore en tant que tel ; secundo, c’est son fils qui réussira à reprendre Narbonne, trois décennies après la mythique bataille ; tertio, la présence sarrasine est attestée dans les Alpes et dans le Jura au moins jusqu’au du Xe siècle.

Tout comme la légende du "Marteau de Dieu", celle du "spoliateur des biens de l’Eglise" aura, en son temps, la peau dure. De Liège (ou plutôt, la ville n’existant pas encore, de Tongres-Maastricht, ancien fief du père de Charles, Pépin d’Herstal, et dont l’évêque, saint Lambert, fut assassiné sur ordre de l’oncle maternel de Charles) à Nîmes, en passant par Toulouse et Narbonne, l’homme est dénoncé comme aucun grand de ses contemporains ne l’aura été : "Ô Charles Martel, dilapidateur et enragé tyran !", s’écriera Jean Boldo d’Albenas, l’un des pères du protestantisme nîmois [1]. Sans doute, cet auteur a-t-il des raisons de fustiger le Franc, qui avait ruiné sa ville (Nîmes) avant d’y mettre le feu : c’était en 739, alors que Charles Martel remontait de Narbonne, tout dépité de n’avoir pas réussi à en déloger les Sarrasins, malgré un long siège éprouvant…

Plus cohérente est la thèse de Nicolas Germain Léonard, historien de la ville de Liège, qui nous explique en quoi et pourquoi Martel méritait une telle charge : "Il donnait à ses officiers les évêchés et les abbayes. Les biens de l’Église devenaient héréditaires ; on en formait la dot des filles qu’on mariait. Pépin d’Herstal avait enrichi le clergé, Charles le dépouilla." [2]

Evidemment, après la victoire de Poitiers, la cause est entendue : les biens de l’Église furent "l'instrument de la délivrance de l'Europe, et de la victoire de l'Évangile sur le Coran" ! [3]. Mais que durant toute l’existence de Martel (688-741), à Limoges, Cahors, Auch, Saint-Lizier, Autun, Orange, Avignon, Carpentras, Marseille, Toulon, Aix, Antibes, Béziers, Nîmes, Lodève, Uzès, Agde, Maguelonne, Carcassonne, Elne, il y eut une interruption dans la succession des évêques ; voilà qui en dit long sur l’état d’abandon de la "Fille aînée de l’Église" !

Désordres, ruines, assassinats

D’autres griefs ternissent la renommée de Charles. Ceux, notamment, qui font de lui le persécuteur d’Eucher, l’évêque d’Orléans, et de Guidon, le futur saint Guy. Abbé de Fontenelle, ce dernier subit le supplice suprême pour une imaginaire conspiration… Désordres, ruines, assassinats : des forfaits qui poursuivront le chef franc jusqu’à sa mort.

Mais c’est le sort réservé à l’évêque d’Orléans, le futur saint Eucher, qui assombrira le plus sa renommée. Accusé d’avoir comploté contre Martel, l’évêque "fut envoyé en exil avec tous ses proches, (puis) transféré dans le monastère de Saint-Tron où il mourra en 738" [4]. Conclusion de Flodobert, l’évêque de Noyon et de Tournai (894-966) : "Ce bâtard né d'une servante n'était audacieux qu'à faire le mal envers les Églises du Christ."

De ce martyre de saint Eucher, une légende naîtra plus d’un siècle après, qui sera consignée dans le compte-rendu d’un concile tenu en 858 à Quierzy, où il est fait mention d’un songe d’Eucher. Extrait :

"Nous savons en effet que saint Eucherius, évêque d’Orléans fut entraîné dans le monde des esprits. Entre les choses que Dieu lui montra, il reconnut Karl exposé aux tourments dans le plus profond de l’enfer." Commentaire de Jean Deviosse, biographe de Charles Martel : "Le texte ne laisse place à aucune équivoque. Karl, spoliateur résolu des biens de l’Église, est reconnu coupable à part entière." [5]

La même justification sera reprise par Jules Michelet, pour qui "les agressions de Karl contre le patrimoine de l’Église faisaient douter qu’il fût chrétien" ! [6]

Mais, disions-nous, les mythes ont la peau dure. Et après tout, des spoliations, quel envahisseur n’en commet pas ? Du IXe au XIe siècles, la renommée de Charles en souffrira. Etrangement, c’est aux siècles des Croisades que le nom de Martel va retrouver son aura, celle de tombeur des Sarrasin et de… sauveur de la chrétienté : comme si, écrira Chateaubriand, "Les Maures, que Charles Martel extermina, justifiaient les Croisades !" [7].

Les crimes de Martel dans le Sud (de la France)

Sur le terrain, la réalité était tout autre. Ce que Charles visait en fait, et depuis longtemps, c’est la conquête de l’Aquitaine (dont la capitale était alors Toulouse et non Bordeaux). Tant que cette région était menacée par les Sarrasins, il s’était contenté d’attendre son heure. Mais en apprenant avec stupéfaction la nouvelle du mariage du gouverneur musulman de Narbonne avec la fille du duc d’Aquitaine, Martel comprit très vite le risque que pouvait représenter une telle alliance. Celle-ci n’arrangeait pas non plus Abd er-Rahman, le maître de Cordoue (l’Espagne arabo-andalouse était déjà minée par les révoltes berbères contre le pouvoir arabe), ce qui l’amena à supprimer le "traître" gouverneur, un Berbère, avant d’offrir la fille du duc au calife de Damas… Si Charles Martel arrêta effectivement les Arabes à Poitiers, il ne réussit donc pas à les déloger de la Narbonnaise, qu’il attaqua par deux fois, sans succès.

La légende qui colle au nom de Martel doit être revue et corrigée sur un autre point : jamais les Francs n’ont eu de considération pour les habitants du sud de la Gaule. L’homme "gallo-romain", et particulièrement le citoyen de Toulouse, trop raffiné aux yeux du Franc fruste et inculte, était traité d’homunculus.

Furieux d’avoir échoué par deux fois à Narbonne, Martel va se venger sur les populations locales (chrétiennes) à qui il reproche de ne pas l’avoir accueilli en sauveur. Sur le chemin du retour (vers ses terres du Nord), il se venge sur Agde, Béziers, Maguelone, Nîmes (dont il brûle les arènes !). Selon Ernest Sabatier, notre cher historien de la ville de Béziers :

"Les Franks pillent à outrance dans tous les lieux où ils portent leurs pas ; ils désarment la population chrétienne, qui, ayant conservé en partie la civilisation romaine, voyait en eux des Barbares, et leur était suspecte. Forcés d’abandonner le siège de Narbonne, et voulant empêcher les Sarrasins de prendre ailleurs dans le pays une position solide, ils rasent les fortifications de Béziers, d’Agde et d’autres cités considérables. Agde et Béziers sont même livrées aux flammes, leurs territoires dévastés, les châteaux sont démolis. Enfin, en s’éloignant, les soldats de Charles-Martel emmènent, outre un grand nombre de prisonniers sarrasins, plusieurs otages choisis parmi les chrétiens du pays." [8]

Ces dévastations seront toutes mises sur le compte des Sarrasins, comme le sera un demi-siècle plus tard la mort de Roland à Roncevaux (des historiens ont, enfin, démontré que l’attaque fut le fait des Basques et non des Arabes), et comme le seront cinq siècles plus tard d’autres exactions, et là, c’est toujours l’historien de la ville de Béziers qui témoigne : "Plusieurs dépôts ont éprouvé des vicissitudes qui ont rendu assez rares les documents dont j’aurais pu profiter. Les anciennes archives de Béziers furent, elles, consumées par l’incendie qu’y allumèrent les croisés en 1209..." !

Plusieurs chroniques l’attestent (Continuation de Frédégaire, Isidore de Beja, Chronique de Moissac, El Maqqari [9]) : les cités susceptibles d’être ou de devenir des repaires pour les musulmans sont ravagées. Maguelone est rasée, Montpellier n’est pas épargnée, et encore moins Nîmes :

"Pour punir la ville qui a fait appel aux Arabes, Charles démolit les portes, abat les murailles et tente d’incendier les Arènes sous prétexte qu’elles sont aménagées en ouvrage défensif. Sur son ordre, ses guerriers entassent toute une forêt dans l’Amphithéâtre et y mettent le feu" [10]

Un retour du refoulé historique

Voilà la vraie nature et l’œuvre du héros de tant de générations d’écoliers de France ! Celui-là même dont le nom figura jusqu’à la veille de l’élection présidentielle de 2002, sur une affiche électorale : "732 Martel, 2002 Le Pen". En attendant, sans doute, de figurer sur le fronton de la mairie de Béziers, à l’approche de 2017 ?…

Mais comment peut-on imaginer que Béziers puisse, aujourd’hui et en connaissance de cause, dire merci à celui qui mit toute la région à feu et à sang ? Et si, au contraire, comme par un retour du refoulé historique, des Biterrois de souche décidaient, un jour, de répondre à Robert Ménard en manifestant en masse, et sous le seul slogan qui vaille et qui soit digne de la mémoire de leurs ancêtres : "Je ne suis pas Charlie Martel !" ?

[1] Jean Boldo d’Albenas, Discours historial de l’antique et illustre cité de Nîmes, Nota bene : toutes les références, accompagnant cette tribune, se trouvent détaillées dans mon essai : Abd er-Rahman contre Charles Martel (Perrin, 2010).

[2] N. G. Léonard, Histoire ecclésiastique et politique de l’Etat de Liège, 1801.

[3] François Laurent, Le Moyen-âge et la réforme, 1866.

[4] Vita sancti Eucherii, Aurelianensis episcopi, n°8 et 10, cité dans Jean Deviosse, Charles Martel, Tallandier 1978. Epistolae patrum <em>synodiem> Carisiacensis, année 858, cité dans Jean Deviosse, Charles Martel.

[5] Cf. J. Deviosse, Charles Martel.

[6] Michelet, Histoire de France, cité dans S. Guemriche, Abd er-Rahman contre Charles Martel (Perrin 2010).

[7] Chateaubriand, Génie du christianisme, dans Oeuvres complètes, éd. Furne, 1865.

[8] E. Sabatier, Histoire de la ville et des évêques de Béziers, Paris 1854, cité dans Salah Guemriche, Abd er-Rahman contre Charles Martel (Perrin 2010).

[9] El Maqqari, manuscrit arabe de la BNF, ancien fonds, réf. dans Abd er-Rahman contre Charles Martel.

[10] Jean Deviosse, Charles Martel.

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15 mars 2015 7 15 /03 /mars /2015 09:29

La mauvaise note de Le Guen

 La montée du FN est d’abord une question politique et sociale. Une manifestation de désespoir

en l’absence d’alternatives au libéralisme.

 

Si on en croit Manuel Valls, Marine Le Pen serait donc aux portes de l’Élysée, prête à donner l’assaut ultime. Et pas après-demain, en 2027, ni même en 2022, mais en 2017. Exagération ? Sans nul doute. Tentative désespérée à deux semaines des départementales pour mobiliser un électorat qui se détourne ? À l’évidence. Mais on ne reprochera pas au Premier ministre cette soudaine dramatisation, qui est de bonne guerre. Ce qui est plus choquant dans ce discours, c’est l’analyse des causes et la désignation des coupables : nous tous, électeurs de gauche, avachis, résignés, anesthésiés par « l’accoutumance », et frappés d’« endormissement ». Et que dire des « intellectuels », ces « grandes consciences » qui rechignent à « monter au créneau » ? On ne sait pas trop qui est digne de cette labellisation, hormis Michel Onfray, pris à partie nommément, mais qu’importe.

L’interpellation est évidemment ridicule. Elle est surtout révélatrice d’un grand désarroi. Il y a bien longtemps en effet que tout le monde a compris que le Front national ne serait pas vaincu à coups de dénonciations, et d’objurgations. Nous ne sommes plus au temps de la splendeur de SOS-Racisme. Sans compter que Marine Le Pen prend soin de ne pas trop s’exposer aux leçons de morale. Même si son vieux père lui donne toujours du fil à retordre, et si quelques candidats locaux laissent entrevoir la face la plus nauséabonde du parti d’extrême droite. Bref, en un mot comme en cent, la « montée du Front national », c’est d’abord une question politique et sociale. Une manifestation de désespoir en l’absence d’alternatives à un libéralisme aussi obstinément défendu par M. Hollande que par son prédécesseur à l’Élysée. Aujourd’hui, tout le monde le sait. Sauf, semble-t-il, Manuel Valls. Quoiqu’il ait laissé échapper de son vibrant « appel de Boisseuil » (Haute-Vienne) un étrange « où est la gauche ? », comme une question en abyme qu’il s’adresserait à lui-même.

Mais si on excepte ce soliloque, on note que tout le discours est construit autour d’un seul objectif : dépolitiser la question du Front national. Éviter à toute force que l’on aille rechercher les causes de la progression du parti de Marine Le Pen – d’ailleurs très relative – dans la politique du gouvernement. Nier le désappointement de l’électorat de gauche. Gommer les leçons d’une politique économique qui s’est inscrite d’emblée dans la continuité du quinquennat de Nicolas Sarkozy. Ne pas avouer que le mortel slogan « UMPS » a fait des ravages. Quant aux intellectuels, dieu merci, ils ne forment pas une corporation homogène. Et beaucoup d’entre eux aujourd’hui sont « atterrés », comme les économistes du même nom. Que pourraient-ils encore dire qui soit doux aux oreilles de Manuel Valls ? Ou à celles de Jean-Marie Le Guen, qui vient de se fendre d’une note pour la Fondation Jean-Jaurès sur le thème : « Front national, le combat prioritaire de la gauche » ? Parlons-en justement de cette note. Elle n’est pas inintéressante. Destinée à des cercles limités, elle sert d’argumentaire aux cadres du parti. La faible audience à laquelle elle est condamnée permet au secrétaire d’État aux Relations avec le Parlement de dire ouvertement ce que Manuel Valls suggère par omission. Il balaie ainsi d’un revers de main, et sur le ton de l’évidence, la responsabilité du gouvernement auquel il appartient : le Front national, dit-il, « n’est pas un produit de circonstance. Ce n’est pas – ou pas seulement, ce serait trop facile – la conséquence de la “mal-politique” , de gauche et de droite ». Jean-Marie Le Guen n’a pas complètement tort. Le FN n’est pas un « produit de circonstance ». Mais son audience, en revanche, si. Un FN à 10 % et un FN à 30 %, ce n’est pas la même chose. Et nul ne croit plus que nos concitoyens qui vont dans cette impasse redoutable sont des fascistes qui s’ignorent. D’autant que c’est moins le FN qui monte que le PS qui s’effondre. Alors quoi ? L’auteur de la note ne sait pas trop, mais ce dont il veut convaincre les Français, c’est que l’on doit cesser de ne voir là « que le produit d’une causalité économique et sociale ». Personne n’a dit que ce n’était « que » cela, mais c’est cela aussi et cela surtout. Le reconnaître serait évidemment pointer du doigt la politique sociale du gouvernement, et le manquement aux promesses de campagne. Des promesses abandonnées auxquelles Jean-Marie Le Guen fait allusion lorsqu’il parle de cette « fonction tribunitienne » que « la gauche ne peut plus remplir lorsqu’elle gouverne ».

Et il y a plus fâcheux encore. Ce proche de Manuel Valls n’hésite pas à reprendre à son compte le slogan « UMPS » qui fait le bonheur du FN. Car, dit-il, « le soi-disant UMPS, c’est la République ». Ce qui n’est d’abord pas très aimable pour les autres – les écolos, le Front de gauche, les centristes – exclus d’un coup d’une République réduite à l’alliance des deux principaux partis de droite et de gauche. D’autant que Jean-Marie Le Guen, un peu plus loin, met les points sur les « i » : « Aujourd’hui, dit-il, c’est le socialisme qui doit se mettre au service de la République. » Une République, synonyme d’UMPS… Heureusement, peu de nos concitoyens liront la note de M. Le Guen. Elle n’est pas loin de faire un excellent plaidoyer pour Marine Le Pen.

Par Denis Sieffert - 12 mars 2015 POLITIS.FR

Denis Sieffert éditorialiste du magazine  Politis.

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27 février 2015 5 27 /02 /février /2015 15:40

Loi Macron, obscur objet du désir

par Pierre Rimbert,
mars 2015
Le Monde Diplomatique

L’histoire retiendra-t-elle que, le 11 janvier dernier, près de quatre millions de Français secoués par les attentats de Paris ont manifesté en faveur de… la loi Macron ? De prime abord, le rapport ne saute pas aux yeux entre la tuerie de Charlie Hebdo et un texte qui étend le travail dominical, facilite les licenciements collectifs, privatise des aéroports et supprime les peines de prison pour les patrons coupables de piétiner le droit syndical.

Aux esprits étriqués qui n’auraient pas saisi le lien, le représentant d’un cabinet de lobbying invité sur la chaîne BFM Business expliquait dès le lendemain du grand défilé : « Le moment d’unité nationale autour de ce qui s’est passé peut avoir des prolongements dans le vote de ces textes, parce que les prémices étaient déjà là, dans une sorte de consensus sur la nécessité de libéraliser l’économie (1). » Sans doute nouées par la timidité, les foules n’avaient pas osé, jusque-là, crier leur désir de loi Macron. A en croire l’extralucide Nicolas Baverez, cette pulsion impérieuse serait même le véritable motif des manifestations.« Le 11 janvier 2015, écrit-il, les Français ont adressé au monde et à leurs dirigeants un message de dignité et de courage, dont l’esprit est clair : sortir du déni, lever les tabous, passer des paroles aux actes. Ces principes (...) ne seront crédibles que s’ils s’appliquent aussi à la réforme économique et sociale » (Le Point, 12 février 2015). Sur les pancartes « Je suis Charlie », il fallait en réalité lire « Je suis Macron ».

Profiter d’un événement traumatique pour imposer des décisions impopulaires : cette « stratégie du choc » séduit aussi Pierre-Antoine Delhommais. L’éditorialiste a déjà planifié l’étape suivante. « Le gouvernement de Manuel Valls se retrouve aujourd’hui en position de force pour passer outre aux braillements des frondeurs, aux lamentations des syndicats et de tous ceux qui s’opposent aux réformes d’envergure dont la France a besoin pour vaincre ses archaïsmes et débloquer son économie, par exemple touchant à l’organisation du marché du travail ou aux trente-cinq heures. Pour renforcer ce souffle libéral qui a inspiré la loi Macron et pour aller bien plus loin (...). Il faut seulement souhaiter pour la France que M.Valls ne laisse pas passer cette “chance” économique unique que la tragédie des attentats terroristes lui offre » (Le Point, 5 février 2015). Le 11 septembre 2001, Mme Jo Moore, conseillère du ministre britannique des transports, s’était réjouie dans un courriel interne de la « chance » offerte par Al-Qaida : « C’est une très bonne journée pour sortir toutes les mauvaises nouvelles. » Mais, contrairement à Delhommais, elle n’avait pas songé à rendre publique cette leçon de probité politique.

Pierre Rimbert

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9 janvier 2015 5 09 /01 /janvier /2015 10:21

Liberté d' expression - Liberté de la Presse

Liberté de croire - Liberté de ne pas croire

Liberté et Tolérance

 

Laïcité j'écris ton nom

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 et pour info  : link


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