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14 juin 2017 3 14 /06 /juin /2017 13:22
Articles parus dans Ouest-France des 3 mars et 9 mai 2017
Articles parus dans Ouest-France des 3 mars et 9 mai 2017
Articles parus dans Ouest-France des 3 mars et 9 mai 2017

Articles parus dans Ouest-France des 3 mars et 9 mai 2017

L'Europe: les faux amis!

 

Et voilà à nos portes, la rivalité s'organise. Nos proches voisins, espagnols et anglais, voient d'un mauvais oeil la dynamique retrouvée de la pêche française. Sans vouloir faire de la mauvaise délation, les coups bas, qu'ils soient protectionnistes ou irréguliers, fusent.

 

L'Europe se doit de faire appliquer une réglementation commune et un comportement exemplaire à tous ses membres afin de faire en sorte que chacun trouve l'opportunité de travailler correctement.Depuis 2014, son commissaire européen  aux affaires maritimes et à la pêche le maltais Karmenu Vella est "aux manettes" et il est temps que sa politique se révèle efficace et globale sans chercher à favoriser plus l'un que l'autre et à clamer son énergie à défendre les océans et les mers, les ressources et les hommes qui la travaillent. Action de cette commission "Juncker" pour le moment bien transparente!

 

Christiane Migot

PRG29

 

Table des matières des articles parus:

Chapitre 0: 3 mars 2017

Chapitre 1: 14 juin 2017

Chapitre 1: 14 juin 2017

Chapitre 2: 14 juin 2017

Chapitre 4: 4 mars 2017

Chapitre 6: 17 février 2017

Chapitre 7: 5 février 2017

Chapitre 9: 21 février 2017

Chapitre 9: 9 mars 2017

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11 mai 2017 4 11 /05 /mai /2017 15:22
Article paru dans CFDT Magazine de mai 2017

Article paru dans CFDT Magazine de mai 2017

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9 mars 2017 4 09 /03 /mars /2017 15:01
Articles parus dans CFDT-Magazine Mars 2017 et dans Ouest-France du 26 octobre 2017.
Articles parus dans CFDT-Magazine Mars 2017 et dans Ouest-France du 26 octobre 2017.

Articles parus dans CFDT-Magazine Mars 2017 et dans Ouest-France du 26 octobre 2017.

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6 janvier 2017 5 06 /01 /janvier /2017 17:17

Tout comprendre au CETA,

le « petit-cousin » du traité transatlantique

LE MONDE | le 18.10.2016 • Mis à jour le 22.10.2016 |Par Maxime Vaudano

De quoi parle-t-on ?

Le CETA (Comprehensive Economic and Trade Agreement, ou Accord économique et commercial global) est un accord commercial « de nouvelle génération ». Cela signifie qu’il ne se contentera pas de réduire les droits de douane entre l’Union européenne (UE) et le Canada. L’objectif est aussi d’aboutir à une convergence de certaines normes pour limiter ce que les libre-échangistes appellent les « barrières non tarifaires » au commerce. L’ambition est de réduire de 36 % à 3 % la part des exportations européennes soumis à de tels obstacles.

 

Comme la plupart des accords de ce genre, il s’agit d’un texte aride de 2 344 pages, bourré de jargon juridique, difficile à comprendre pour les non-spécialistes.


Le gouvernement français défend fermement le CETA en le présentant comme l’« anti-Tafta » ; ses promoteurs estiment qu’il s’agit de « l’un des meilleurs accords jamais négociés par l’Union européenne ». Le traité compte toutefois de nombreux détracteurs qui estiment qu’il menace l’agriculture, les services publics et les politiques publiques favorables à la santé et à l’environnement.

 

Comme le CETA touche à la fois aux compétences de l’UE et des Etats membres (on appelle ça un accord mixte), la ratification ne sera terminée qu’après l’approbation des trente-huit Parlements nationaux et régionaux de l’UE (dont l’Assemblée nationale et le Sénat en France). Ce qui pose un double problème : non seulement le processus sera très long, mais, surtout, personne ne sait ce qu’il arriverait si l’un des parlements venait à dire non, car cela ne s’est jamais produit.
 

Pour gagner du temps, il est d’usage d’appliquer provisoirement une partie des accords commerciaux après l’approbation du Parlement européen (étape 2), sans attendre celle des parlements nationaux (étape 3). Une bizarrerie démocratique qui ferait entrer en vigueur en France un CETA qui n’a pas encore été approuvé par tous les représentants du peuple français.

 

Et pourtant, l’ensemble des vingt-huit gouvernements européens y ont consenti cet été, le Canada en ayant fait une exigence. En France, la majorité socialiste a même manœuvré à l’Assemblée nationale pour éviter le vote d’une résolution de la gauche de la gauche s’opposant à cette application provisoire.


Mise à jour :

Le mot « tous » a été ajouté à la phrase « Une bizarrerie démocratique qui ferait entrer en vigueur en France un CETA qui n’a pas encore été approuvé par tous les représentants du peuple français », dont le sens prêtait à confusion, puisque le gouvernement et les eurodéputés français sont aussi des représentants du peuple français.

Ce que le CETA contient :

 

1/ Droits de douane

Ils baisseront notamment pour les produits agricoles, les produits de la mer, les métaux, l’automobile et les produits manufacturés (voir le détail).

2/ Agriculture

Les quotas d’importation de produits canadiens en Europe seront progressivement rehaussés. Chaque année, le Canada pourra exporter sans droits de douane vers l’Europe 45 840 tonnes de bœuf sans hormone (contre 4 162 aujourd’hui), 75 000 tonnes de porc sans ractopamine (contre 5 549), 100 000 tonnes de blé ou encore 8 000 tonnes de maïs doux. Les producteurs français craignent que cette nouvelle concurrence les mette en difficulté, tandis que les autorités françaises estiment qu’il s’agit d’un changement mineur. En échange de ces quotas, l’Europe a obtenu de son contingent de fromage admis sans droits de douane au Canada passe de 13 472 à 18 500 tonnes par an.

3/ Marchés publics

Les entreprises européennes bénéficieront d’un accès facilité aux marchés publics canadiens (30 %, contre 10 % de marchés ouverts actuellement), notamment dans le secteur hospitalier. Les marchés publics européens sont, eux, déjà ouverts à près de 90 %.

4/ Indications géographiques

145 des 1 500 appellations géographiques européennes (de la feta au reblochon de Savoie) vont désormais être protégées sur le sol canadien. Les critiques estiment que c’est insuffisant, mais c’est déjà mieux qu’actuellement. Le Canada n’a, de son côté, protégé aucune appellation.

5/ Brevets

Les laboratoires pharmaceutiques européens vont pouvoir accroître de deux ans la protection de leurs médicaments sur le marché canadien avant que des fabricants de génériques ne puissent s’en emparer (elle est aujourd’hui de 20 ans) ; ce qui pourrait générer un surcoût pour les Canadiens de près de 600 millions d’euros par an, selon l’ONG CCPA.

6/ Services publics

L’Europe assure qu’elle a exclu les services publics du champ de la libéralisation, mais comme aucune définition claire du service public n’existe au niveau européen, certains sous-secteurs pourraient passer au travers (comme La Poste, non-renationalisable en cas de privatisation). Sans compter que les services publics futurs seront automatiquement libéralisables, car pas explicitement protégés.
 

7/ Convergence des normes

Le CETA installe un cadre pour multiplier les reconnaissances d’équivalence des normes ; cela signifie que, dans certains cas, une entreprise européenne pourra faire certifier la conformité de ses produits une seule fois (en Europe) même s’il souhaite les exporter au Canada, plutôt que de devoir se soumettre à une seconde procédure au Canada – car les Canadiens auront reconnu que les normes européennes assure un niveau de protection équivalent aux leurs (ou, plus précisément, que les organes de certification européens assurent un contrôle équivalent aux Canadiens sur les normes canadiennes).

 

8/ Services financiers

Le CETA doit dynamiser les investissements mutuels, encourager la concurrence et libéraliser les échanges financiers.

9/ Environnement

le CETA reconnaît le droit pour les gouvernements d'introduire des critères environnementaux et sociaux dans l'attribution des marchés publics, bien qu'il les incite à choisir l'offre la plus « avantageuse ».

10/ Tribunaux d’arbitrage

Bien que largement réformée par rapport au mécanisme ISDS classique, la juridiction installée pour régler les différends entre les entreprises et les Etats pose encore des problèmes de neutralité et d’indépendance. Surtout, malgré plusieurs nouveaux garde-fous, la protection des « attentes légitimes » de l’investisseur fait craindre que ces tribunaux ne puissent remettre en question des décisions publiques en faveur de la santé ou de l’environnement.

11/ Coopération réglementaire

Le CETA instaure plusieurs forums censés discuter en amont des futures évolutions réglementaires de part et d’autre de l’Atlantique (avec un rôle important accordé aux parties prenantes). Si ces instances pourraient retarder le processus législatif et réglementaire, elles ne pourront en aucun cas prendre de décisions toutes seules.

12/ Mobilité professionnelle

La reconnaissance mutuelle des qualifications des travailleurs sera améliorée, et les transferts de personnels entre Europe et Canada facilités.

Ce que le CETA ne contient pas :

1/ Audiovisuel

Ce secteur a été exclu de la négociation pour préserver « l’exception culturelle ». Toutefois, contrairement au Canada, l’UE n’a pas protégé explicitement le reste de son secteur culturel (livres, presse, etc.).

2/ OGM, hormones, chlore et ractopamine

L’Europe a refusé l’importation sur son sol de tels produits. Pour exporter du bœuf et du porc, les producteurs canadiens vont devoir développer des chaînes de production séparées sans hormone et ractopamine.

 

Note du PRG29 du 24 octobre 2016

Après le TAFTA voilà le CETA.

De quoi s’agit-il ? Le CETA (Comprehensive Economic and Trade Agreement, ou Accord économique et commercial global) est un accord commercial « de nouvelle génération » entre l’Union européenne (UE) et le Canada.

« de nouvelle génération » peut-on y lire. Par cela il faut certainement comprendre qu’il va respecter les citoyens quel qu’ils soient, ainsi que les consommateurs européens et canadiens.

Mais auparavant sa ratification, et l’application s’en suivant, nécessite l’accord unanime de tous les partenaires nationaux ou régionaux européens, soient 38 parlements. Qu’en est-il de la France ? C’est politiquement la grande muette. A priori le gouvernement français défend fermement le CETA en le présentant comme l’« anti-Tafta ». Voilà qui nous rassure ! De plus ses négociateurs et promoteurs l’entendent comme de « l’un des meilleurs accords jamais négociés par l’Union européenne ».


Il est question plus haut de ratification et d’application, le plus surréaliste est que la deuxième peut devenir effective sans passer par la première, qui loin d’être rejetée peut advenir plus tard. Et là c’est le Canada qui est à la barre avec le soutien, entre autres, de la majorité socialiste française ayant manœuvrée à l’Assemblée Nationale pour éviter le vote d’une résolution de la gauche de la gauche s’opposant à cette application provisoire. Quant les votes à l’Assemblée Nationale et au Sénat auront-ils lieu ? Wait and see. Il n’y a pas que le gouvernement français et les eurodéputé(e)s français(e)s qui nous représentent.

 

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27 juin 2016 1 27 /06 /juin /2016 12:14
Photo  1 et  2
Photo  1 et  2

Photo 1 et 2

LES FRANÇAIS ET LES ACCORDS DE LIBRE-ÉCHANGE TRANSATLANTIQUES
Enquête réalisée en ligne du 14 au 16 juin 2016. Échantillon de 1 162 personnes, représentatif des Français âgés de 18 ans et plus. Méthode des quotas et redressement appliqués aux variables suivantes : sexe, âge, catégorie socioprofessionnelle et région d’habitation de l’interviewé(e).

 

À la demande de l’organisation non-gouvernementale « SumOfUs », Harris Interactive a interrogé les Français sur leur perception de deux projets d’accords de libre-échange transatlantiques entre l’Union européenne (UE) d’une part, et les États-Unis et le Canada d’autre part. Il s’agissait notamment de mesurer la notoriété de ces deux projets d’accord CETA (Canada) et TAFTA (États-Unis), ainsi que de mieux comprendre le regard que les Français sont susceptibles de porter sur ces traités.

Que retenir de cette enquête ?

  • Sept Français sur dix déclarent avoir entendu parler des traités transatlantiques, et ceux-ci s’en font une image négative

70% des Français déclarent avoir déjà entendu parler des projets d’accords transatlantiques de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada (CETA) et entre l’UE et les États-Unis (TAFTA). Toutefois, seule une personne sur trois (32%) affirme « voir précisément ce dont il s’agit », tandis que 38% se contentent d’indiquer en avoir entendu parler sans plus de précisions. Trois Français sur dix (30%) reconnaissent ne jamais avoir entendu parler de ces projets d’accords.

(Photo 1)

La notoriété des traités transatlantiques est plus élevée au sein des catégories de population traditionnellement les mieux informées sur l’actualité internationale : les hommes (83%), les personnes les plus âgées (82%), les plus diplômées (82%) et s’identifiant à une formation politique (qu’elle soit de Gauche ou de Droite). À l’inverse, les femmes, les personnes les moins diplômées et celles ne sentant proches d’aucun parti sont plus enclines à ne jamais avoir entendu parler de ces enjeux.

Parmi les Français ayant au moins entendu parler des traités transatlantiques, ces derniers sont spontanément qualifiés par des termes négatifs : « danger », « perte » voire « arnaque ». Notons que ces critiques sont surtout formulées à l’encontre du traité TAFTA avec les États-Unis, tandis que l’accord CETA avec le Canada cristallise moins d’évocations négatives.

 

  • Les Français associent davantage les traités de libre-échange transatlantiques à des conséquences négatives qu’à des conséquences positives, en particulier en ce qui concerne la qualité de l’alimentation

Après s’être vus rapidement présenter le principe des accords transatlantiques [1], les Français portent un regard globalement critique sur l’impact potentiel de ces traités en France dans différents domaines. Les opinions sont relativement partagées quant à l’effet sur l’économie française de façon générale : 36% jugent que les accords transatlantiques constituent une bonne chose dans ce domaine, quand 48% y voient une mauvaise chose et 16% ni l’une, ni l’autre.

Les jugements sont en revanche plus tranchés quant aux effets sur l’emploi (29% bonne chose contre 51% mauvaise chose, 20% de réponses neutres), sur la démocratie (23% bonne contre 41% mauvaise, 36% neutre) et surtout sur la qualité de l’alimentation (15% bonne contre 69% mauvaise, 16% neutre).

De façon transversale, soulignons que le regard sur les accords transatlantiques est clivé politiquement : les sympathisants de la formation politique « Les Républicains » (LR) portent à chaque fois un regard plus positif que la moyenne des Français, tandis que les personnes proches du Front de Gauche sont toujours plus enclines que la moyenne à qualifier cela de « mauvaise chose » dans tous les domaines évoqués.

[1] Texte de présentation utilisé : « Les États membres de l’Union européenne (dont la France) ont donné mandat à la Commission européenne pour négocier deux traités de libre-échange transatlantiques : le CETA avec le Canada et le TAFTA avec les États-Unis. Ces accords transatlantiques ont pour objectif la création d’une zone de libre-échange, sans droits de douane, en supprimant les différences de règlementation entre les pays signataires du traité (par exemple dans les domaines sanitaire, industriel ou environnemental) lorsque ces différences sont considérées comme des barrières au commerce et à l’investissement. »

 

  • Plus précisément, les Français associent ce traité une modification en profondeur de certaines normes nationales et s’opposent fermement au mécanisme d’ « arbitrage privé » entre États signataires et investisseurs

 

Huit Français sur dix (81%) estiment que si les traités de libre-échange étaient signés, cela remettrait « certainement » (41%) ou « probablement » (40%) en cause les lois françaises en matière de santé, d’alimentation ou d’environnement. Ce jugement est très largement partagé au sein de toutes les catégories de population.

 (Photo 2)

Qui plus est, le mécanisme d’ « arbitrage privé », qui pourrait être prévu par les traités dans le cadre d’un conflit entre investisseurs et États signataires, suscite une ferme opposition de la part des Français : 71% qualifient cette disposition de « mauvaise chose », dont 46% affirment même qu’il s’agirait d’une « très mauvaise chose ». L’opposition est donc non seulement majoritaire, mais aussi vive, tout particulièrement de la part des personnes les plus diplômées (77% mauvaise chose) ou proches du Front de Gauche (85%). Réciproquement, seuls 16% des Français qualifient l’arbitrage privé de bonne chose (23% parmi les sympathisants LR), quand 13% émettent un jugement neutre.

 

  • Au final, les Français souhaitent majoritairement qu’il soit mis fin à ces projets d’accords transatlantiques, et s’opposent fortement à la mise en œuvre de ces traités sans examen ni ratification préalables par le Parlement français

 

Six Français sur dix (62%) souhaitent aujourd’hui que la France mette fin à ces projets d’accords prévus entre l’Union européenne et les deux pays nord-américains, tandis que 37% estiment au contraire préférable de poursuivre les négociations. Logiquement, les personnes les plus favorables à une interruption sont aussi celles qui se montraient les plus critiques à l’égard des différentes dispositions du projet (hommes, personnes âgées, sympathisants du Front de Gauche).

Enfin, 80% des Français sont opposés à ce que les dispositions des traités transatlantiques soient mises en œuvre avant d’avoir été examinées et ratifiées par le Parlement français.

 

Une nouvelle fois, cette opposition est particulièrement intense : une majorité absolue des personnes interrogées (51%) se déclare « tout à fait opposée » à cette éventualité. L’opposition est non seulement unanime parmi les sympathisants du Front de Gauche (96%), mais aussi particulièrement élevée parmi les personnes les plus diplômées (85%) et celles qui déclaraient connaître précisément le traité avant de répondre à cette enquête (92%).

Seules 19% des personnes interrogées indiquent être favorables à une application des traités sans examen ni ratification parlementaires (26% parmi les sympathisants LR).

En savoir plus

La note détaillée 

Le rapport

 

 From PRG

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19 mai 2016 4 19 /05 /mai /2016 19:14
TAFTA/TTIP - Sénat - Philippe Esnol - Maxime Vaudano

Question d'actualité sur le partenariat transatlantique de commerce et d'investissement 

 
Sénat le 17 Mai 2016

 

Question de Philippe Esnol à Jean-Marc Ayrault, Ministre des affaires étrangères et du développement international

Philippe ESNOL

 

M. le président. La parole est à M. Philippe Esnol, pour le groupe du RDSE. (Applaudissements sur les travées du RDSE.)

M. Philippe Esnol. Ma question s'adresse à M. le ministre des affaires étrangères et concerne les difficultés d'accès aux documents relatifs au TAFTA, le traité de libre-échange transatlantique, en cours de négociation entre l'Union européenne et les États-Unis.

Je dois le dire, l'opacité régnant dans la négociation de cet accord commercial majeur, qui promet d'avoir des conséquences importantes sur de nombreux secteurs de notre économie et dont on sait qu'il inquiète l'opinion publique, me paraît proprement scandaleuse.

Trouvez-vous normal que tout parlementaire souhaitant prendre connaissance de l'avancée de la négociation, et consulter les documents afférents, soit contraint d'accomplir ce qui s'apparente à un véritable parcours du combattant ?

En effet, il faut tout d'abord prendre rendez-vous auprès du secrétariat d'État aux affaires européennes pour espérer être conduit, seul, dans la salle spéciale où sont précieusement conservés les documents.

Puis les choses se corsent. On apprend qu'aucune prise de notes n'est autorisée. Pire, si vous ne maîtrisez pas l'anglais comme si vous pouviez l'enseigner, passez votre chemin, car aucune traduction n'est proposée et il est impossible de se faire assister !

Je ne doute pas que bon nombre de mes collègues affectionnent et pratiquent la langue de Shakespeare, mais il s'agit ici d'un anglais technique, dont il faut saisir toutes les subtilités.

Aussi, monsieur le ministre, les mauvais esprits pourraient voir dans cet état de fait une volonté manifeste de décourager et de maintenir le secret. Que comptez-vous faire pour y remédier et restaurer la transparence que les Français sont en droit d'attendre sur un sujet de cette importance ? (Applaudissements sur les travées du RDSE et de l'UDI-UC. – MM. Jacques Legendre et Philippe Bas applaudissent également.)

M. le président. La parole est à M. le secrétaire d'État chargé du développement et de la francophonie.

M. André Vallini, secrétaire d'État auprès du ministre des affaires étrangères et du développement international, chargé du développement et de la francophonie. Monsieur le sénateur, je vous prie d'abord d'excuser l'absence de mon collègue Matthias Fekl, retenu par un déplacement en Russie.

Vous avez raison, monsieur le sénateur, l'opacité dans laquelle se déroulent ces négociations ne correspond pas à notre conception de la démocratie ni aux temps que nous vivons. En effet, la transparence dans les négociations commerciales est indispensable pour garantir la légitimité d'accords éventuels.

C'est pourquoi le Gouvernement français n'a pas cessé de dénoncer cette opacité et a fait de la transparence une des priorités dans la négociation.

Depuis le début de l'année, une salle de lecture des documents relatifs au Transatlantic Trade and Investment Partnership, ou TTIP, est ouverte au secrétariat général des affaires européennes et les parlementaires ont accès au compte rendu exhaustif mais aussi aux documents consolidés.

Initialement, les États-Unis refusaient qu'un accès soit ouvert aux parlementaires à Paris, dans une administration nationale et ils voulaient contraindre les membres du Gouvernement comme les parlementaires à se rendre à l'ambassade américaine pour consulter les documents. C'était évidemment inacceptable, et nous l'avons refusé.

Nous avons conscience que les conditions d'accès au secrétariat général des affaires européennes ne sont pas encore idéales et restent contraignantes. Nous travaillons à les améliorer, mais elles sont identiques pour tous les parlementaires des pays d'Europe.

J'ajoute que de nombreuses informations relatives aux négociations ont été mises en ligne sur le site du ministère des affaires étrangères et du développement international, qui a été totalement rénové dans sa partie consacrée aux négociations commerciales.

Enfin, le Gouvernement a mis en place en 2013 un comité de suivi stratégique de la politique commerciale, pour associer les parties prenantes. À l'origine, il s'agissait des élus de la Nation et des fédérations professionnelles ; désormais, les représentants de la société civile, les syndicats et les ONG sont également concernés.

Tous ces efforts resteront vains, pour autant, si nos partenaires américains ne s'engagent pas, eux aussi, dans cette démarche de transparence. Or les premiers résultats du treizième cycle de négociations, qui s'est achevé à New York le 29 avril, indiquent que le changement d'état d'esprit des Américains n'est pas à l'ordre du jour.

Dans ces conditions, monsieur le sénateur, la position de la France est claire et constante : il n'est pas question, sous prétexte d'accélérer les négociations, de signer n'importe quel accord dans n'importe quelles conditions pour signer à tout prix.

M. le président. Il faut conclure !

M. André Vallini, secrétaire d'État. C'est la raison pour laquelle la France ne soutiendra pas un accord qui se ferait au détriment de notre économie et de nos principes. (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste et républicain. – M. Alain Bertrand applaudit également.)

M. le président. La parole est à M. Philippe Esnol, pour la réplique.

M. Philippe Esnol. We're lost in translation ! Such is life ! (Sourires. – Applaudissement sur plusieurs travées.)

M. Jean-Jacques Lasserre. Et la traduction ?

MAIS Le double jeu est là aussi, la preuve.

 

La France promeut l’arbitrage privé du Tafta

au sein même de l’Europe

 

LE MONDE |  in Les Décodeurs Mis à jour le  | 

Par  

 

La France, hérault de la lutte pour un Tafta plus équitable et contre des tribunaux privés au service des multinationales ? Cette image que le gouvernement tente de renvoyer depuis quelques semaines risque d’être mise à mal par un document confidentiel consulté par Le Monde, dans lequel un groupe de cinq pays européens, dont la France, propose l’instauration d’une juridiction d’exception européenne au service des entreprises souhaitant attaquer les décisions des Etats.

 

Ce document de travail rédigé par la France, l’Allemagne, l’Autriche, la Finlande et les Pays-Bas, obtenu par le réseau militant Seattle to Brussels, a été transmis le 7 avril au Conseil des ministres européens. Il répond à l’offensive lancée à l’été 2015 par la Commission européenne pour abroger les quelque 200 traités d’investissement bilatéraux toujours en vigueur entre les « anciens » et les « nouveaux » Etats-membres de l’Union européenne, issus des élargissements récents.

 

L’institution bruxelloise juge ces accords non seulement inutiles – car le marché unique a déjà uniformisé les règles d’investissement entre les Vingt-Huit –, mais surtout incompatibles avec le droit européen – car générateurs de discriminations entre eux.

 

Menacés plus ou moins directement de sanctions par la Commission pour avoir conservé ces traités obsolètes, conclus dans les années 1990, ces cinq pays se disent prêts à les abroger, à condition qu’un nouveau régime harmonisé de protection des investissements leur succède.

 

« Ni utile ni nécessaire », disait la France

Et c’est là que le bât blesse. Car le quintet ne se contente pas de réclamer un cadre législatif clarifié. Il souhaite sauver le mécanisme de règlement des différends investisseurs-Etats, une juridiction arbitrale privée vers laquelle les entreprises peuvent se tourner en lieu et place des tribunaux nationaux. Plus connu sous son acronyme anglais ISDS (investor-state dispute settlement), ce système est l’un des volets les plus controversés du traité transatlantique Tafta/TTIP, en négociation entre l’UE et les Etats-Unis.


En savoir plus sur c'est ici : http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/05/19/la-france-promeut-l-arbitrage-prive-du-tafta-au-sein-meme-de-l-europe_4921900_4355770.html#HrffgrPRxxOxmVs2.99

 

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13 mai 2016 5 13 /05 /mai /2016 13:30
Etat d'urgence - Prolongation - Sénat - Jacques Mézard
Projet de loi prorogeant l'application
de la loi n°55-385 du 3 avril 1955
relative à l'état d'urgence  

Intervention de Jacques Mézard - PRG
 

M. le président. La parole est à M. Jacques Mézard.

M. Jacques Mézard. Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, nous voici une nouvelle fois conviés à évaluer le bien-fondé d'un projet de loi de prorogation de l'état d'urgence, lequel fut décrété le 14 novembre dernier.

Allons au but directement : dans notre groupe, deux de nos collègues, Gilbert Barbier et Pierre-Yves Collombat, qui ont déjà plusieurs fois manifesté leur conviction sur ce point, voteront contre ce texte. Toutefois, la grande majorité du RDSE votera pour, monsieur le ministre, par confiance personnelle – j'y insiste –, dans l'action que vous menez – je dis bien : « vous ». (Ah ! sur les travées du groupe Les Républicains.)

La présente prorogation se distingue pourtant des précédentes par deux aspects : d'une part, l'absence de la mention expresse de la possibilité de procéder à des perquisitions administratives ; d'autre part, le choix d'une durée réduite à deux mois. De telles inflexions semblent annoncer la sortie de l'état d'urgence – d'ailleurs, vous nous l'avez dit.

On trouve également les traces de cette anticipation dans le projet de loi renforçant la lutte contre le crime organisé et le terrorisme, qui contient un ensemble de dispositions de procédures pénales. La navette sur ce texte est en cours, avant la commission mixte paritaire qui se réunira demain.

Ce projet de loi de prorogation semble avoir été conçu comme une loi de tuilage, destinée à combler un prétendu vide juridique entre l'extinction du régime d'exception qu'est l'état d'urgence et les futurs moyens prévus par le projet de loi que je viens à l'instant d'évoquer.

Il est aussi important de noter que ce vide juridique coïncide avec la tenue d'événements sportifs de grande ampleur sur notre territoire.

Mes chers collègues, il est un point qui a évolué depuis notre dernier débat, et je m'en félicite, car cela conforte l'opinion que j'avais soutenue dès l'origine : il est clair que la constitutionnalisation de l'état d'urgence ne servait à rien et que la loi de 1955, utilement modernisée, est totalement compatible avec la Constitution actuelle. Que de débats et de palabres médiatiques inutiles !

Quand la médiatisation du débat public devient l'objectif prioritaire, privilégiant constamment la forme aux dépens du fond, c'est toujours dommageable à la République, d'autant que médias et opinions sont par essence versatiles.

Mes chers collègues, la loi du 3 avril 1955, loi de la IVe République, qui était, elle, respectueuse du Parlement (M. Henri de Raincourt s'esclaffe.) confère aux parlementaires un rôle de vigie qu'il ne faut pas se priver d'exercer. Cela exige de s'interroger sur l'existence d'un péril imminent et, au-delà, sur l'utilité d'une nouvelle prorogation. Si l'utilité de la déclaration de l'état d'urgence après les attentats ne fut guère contestée, la question qui se pose désormais, c'est de savoir quand et comment on en sort.  Autrement dit, qu'est-ce qui justifie une nouvelle prorogation de l'état d'urgence ?

Le Gouvernement, conforté en droit par un avis favorable de la section de l'intérieur du Conseil d'État, justifie l'adoption de ce texte par la permanence de l'existence d'un péril imminent résultant d'atteintes graves à l'ordre public.

Cela peut s'entendre, mais eu égard à la situation extérieure au Moyen-Orient et au phénomène intérieur de radicalisation, on peut considérer et craindre que cela ne se prolonge très durablement.

Monsieur le ministre, malgré votre effort de transparence, nous n'avons toujours pas en notre possession – on peut d'ailleurs considérer que ce n'est pas normal – tous les éléments de nature à nous permettre d'apprécier précisément la nature du péril qui nous menace. Il n'y a guère que notre confiance – et, je l'ai dit, elle est grande – en votre parole et en votre action personnelle pour nous convaincre.

Au-delà de l'existence du péril imminent, l'utilité des mesures prévues par la loi du 3 avril 1955 dans la lutte contre le terrorisme reste également à démontrer. L'effet de surprise des perquisitions administratives, inversement proportionnel à leur durée de mise en œuvre, s'est estompé, au point que vous ayez choisi d'y renoncer. Les assignations à résidence, qui représentent une charge de travail supplémentaire pour les forces de l'ordre, ne permettent pas une neutralisation satisfaisante des individus les plus dangereux, et quand ils le sont trop, on n'y recourt pas pour ne pas éveiller leur attention !

Pour le reste, la loi de 1955 nous autorise à prononcer la dissolution des associations et groupements de fait participant à la commission d'actes portant grave atteinte à l'ordre public, à décider la fermeture provisoire de salles de spectacles et de lieux de réunions. La loi de 1955 nous autorise à obtenir les remises d'armes et de munitions, à interdire de circulation des personnes et des véhicules dans les lieux et heures fixés par préfet et à prononcer des interdictions de séjour. Monsieur le ministre, vous n'en avez pratiquement pas eu besoin jusqu'ici.

En résumé et pour être clair, l'utilité de l'état d'urgence est aujourd'hui quasi nulle sauf en termes de communication compte tenu des problèmes que posent l'Euro de football et le Tour de France. Toutefois s'il arrivait un nouvel attentat, l'opinion vous reprocherait, monsieur le ministre, d'être sorti de l'état d'urgence – à tort, mais elle le ferait, et il faut en prendre acte ! C'est aussi pour cela que nous voterons la prorogation de l'état d'urgence.

Monsieur le ministre, vous nous avez également rappelé le lien entre les récents événements de Bruxelles et la menace djihadiste qui plane sur notre pays. Après le triple attentat-suicide, les autorités belges ont justement fait le choix de ne pas instituer un régime d'exception, en insistant sur la nécessité pour les citoyens belges de garder confiance dans leurs institutions.

Nous continuons à dire que ce qui est essentiel, au-delà de l'accumulation de textes sécuritaires, c'est de donner à nos forces de sécurité et de renseignement les moyens matériels et humains leur permettant d'accomplir leurs missions. Et je déplore, comme des juges antiterroristes l'ont fait, qu'aucune des lois postérieures à janvier 2015 n'ait visé à améliorer la synergie entre services de renseignements et institutions judiciaires. Comment ne pas déplorer que l'état d'urgence se soit instillé jusque dans la procédure parlementaire !

L'état d'urgence n'est peut-être pas un état de convenance, mais il est porteur d'illusions : l'illusion d'une sécurité recouvrée et l'illusion de libertés préservées s'y côtoient, alors que le juge administratif devient le juge de la liberté d'aller et venir. Hors des procédures d'urgence, il intervient nécessairement a posteriori, donc trop tard. À cela, il convient de mettre fin le plus rapidement possible.

Mes chers collègues, je voudrais pouvoir vous dire que je voterai cette loi de prorogation avec la même conviction qu'au lendemain du 13 novembre. Je le ferai, mais avec les réserves que j'ai indiquées.

À ce stade, je tiens, au nom de l'ensemble du groupe, à rendre hommage à ces forces de l'ordre qui font leur devoir au service de la République. Même s'il a pu exister quelques erreurs auxquels vous avez su réagir, nous considérons comme déplacées et détestables les attaques proférées récemment contre ces forces de l'ordre. (Applaudissements sur les travées du RDSE, ainsi que sur les travées du groupe Les Républicains et du groupe UDI-UC. – Mme Corinne Bouchoux et M. Jean-Pierre Sueur applaudissent également.   )

À ce sujet, si attaché que l'on soit par essence à la liberté d'expression, à l'expression même de la jeunesse, de ses aspirations légitimes à un monde meilleur et plus juste, comment voulez-vous que nos concitoyens dans nos territoires ne soient pas interloqués par la conjonction de l'état d'urgence et de « Nuit debout » ? (Applaudissements sur les travées du RDSE, ainsi que sur les travées du groupe Les Républicains et du groupe UDI-UC.)

Mme Françoise Gatel. Absolument !

M. Jacques Mézard. Oui, l'expression respectable de la liberté est en partie manipulée par quelques vieux gourous trotskistes et un quotidien parisien rêvant de plagier Podemos.

M. Roger Karoutchi. Yes ! Allez-y !

Mme Françoise Gatel. Bravo !

M. Jacques Mézard. Que d'agitations médiatiques pour quelques milliers de manifestants et une surcharge pour nos forces de l'ordre dans un moment totalement inadéquat ! (Applaudissements sur les travées du RDSE, ainsi que sur certaines travées du groupe Les Républicains et du groupe UDI-UC.)

Aujourd'hui, et je conclus ainsi, il s'agit, non plus de renforcer les pouvoirs de l'autorité publique pour lui permettre de rétablir rapidement l'ordre public, mais de prendre acte de l'épuisement des policiers et des militaires, de la ténacité et de la vigilance dont les Français font preuve. Aussi, cette troisième prorogation sera un renoncement si nous ne nous employons pas à rallier l'ensemble de nos compatriotes à la certitude que nos institutions peuvent subsister sans le secours des prérogatives de l'état d'urgence. Voilà le vœu que je forme au nom du groupe du RDSE ! (Bravo ! et applaudissements sur les travées du RDSE, du groupe UDI-UC, ainsi que sur certaines travées du groupe Les Républicains.)

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9 mai 2016 1 09 /05 /mai /2016 13:42
Réchauffement climatique - Incendies - Canada - Gérard Le Puill
Ce que nous disent les feux de l’Alberta

Les images spectaculaires de l’incendie qui continue de s’étendre autour de Fort McMurray, devraient faire réfléchir les décideurs politiques du monde entier sur les enjeux liés au réchauffement climatique. En France, il n’en est rien cinq mois seulement après la conférence de Paris sur le climat.

Depuis le premier jour de ce mois de mai, l’incendie qui ravage la province canadienne de l’Alberta autour de Fort McMurray continue d’avancer. Il aurait brûlé plus de 160.000 hectares de forêts et détruit plus de 1.600 maisons ainsi que de nombreux véhicules ; la protection des biens des ménages étant peut-être moins bien assurée que celle des installations pétrolières. On parle déjà d’un coût de 9 milliards de dollars canadiens pour les assurances, soit environ 6 milliards d’euros. Dans la journée du 8 mai, la progression du feu s’est un peu ralentie en raison de l’arrivée de quelques pluies dans une région ou il n’avait pas plu depuis deux mois tandis qu’une température anormalement élevée pour cette période de l’année a transformé la végétation des sous bois en combustible prêt à s’enflammer à la moindre étincelle.
Si de nombreuses questions demeurent sur l’origine accidentelle ou criminelle des départs de feux au Canada comme dans les commentaires de la presse étrangère, il existe un manque évident de curiosité sur la signification profonde de cet incendie en ce début du XXIème siècle marqué par le réchauffement climatique. Il intervient moins de cinq mois après la conférence de Paris sur le climat. Mais le message essentiel de cette conférence semble oublié depuis par les décideurs politiques de notre pays et par ceux et celles qui aspirent à prendre leur place dans un an, suite aux élections de 2017. Or ce type d’incendie doit beaucoup au réchauffement climatique et risque de devenir fréquent dans les prochaines décennies.
Selon la chercheuse canadienne Sylvie Gauthier, le phénomène climatique El Nino, qui modifie le cycle des courants marins et donc le climat sut terre, « crée en ce moment des conditions chaudes et sèches sur le nord-ouest du Canada. Ces hautes pressions stagnantes créent un système propice au feu». Le Canada n’est pas seul à subir les conséquences néfastes d’El Nino Les récoltes en denrées de base vont être catastrophiques cette année dans plusieurs pays africains. En Inde et dans d’autres pays d’Asie, les récoltes de canne à sucre et de riz seront également en baisse et les cours mondiaux du sucre ont déjà augmenté de 25% ces dernières semaines. S’il n’y avait pas un stock mondial de blé conséquent suite à trois grandes années consécutives de bonnes récoltes dans les grands pays producteurs, nous serions probablement en proie à la spéculation sur cette denrée cette année.
Les feux non maîtrisés de l’Alberta sont un signe avant coureur de ce que vont être les insécurités du XXIème siècle. Assurer des récoltes régulières sera plus difficile dans une majorité de pays en raison des sécheresses comme des autres aléas climatique que seront les tempêtes et les inondations de plus en plus fréquentes. Disposer de l’accès régulier à l’eau potable est déjà de plus en plus compliqué dans un nombre croissant de pays en raison des sécheresses et , plus encore, de la pression exercée sur la ressources dans le cadre d’un recours toujours croissant à l’eau encore disponible dans les nappes souterraines.
L’incendie qui ravage l’Alberta nous pose indirectement toutes ces questions. Mais ces questions n’ont provoqué que de l’indifférence depuis une semaine chez les responsables politiques français qui se sont exprimé ces derniers jours. François Hollande a profité du 8 mai pour dire au bon peuple que « nous avons bien redressé le pays depuis quatre ans», avec 650.000 chômeurs de plus au bas mot. Macron a parlé de Jeanne d’Arc en guise de projet pour 2017. Sur RTL, Nathalie Kosciusko-Morizet s’est déclarée « navrée de voir comment la droite renie aujourd’hui son bilan sur l’écologie et le Grenelle de l’environnement ». De bilan, la droite n’en a pourtant pas dans ce domaine, pas plus que de projet. En témoignent les livres écrits en guise de programme par François Fillon et Bruno Le Maire : pas une seule ligne sur les enjeux liés au réchauffement climatique.
D’ici un an, les pays membres de l’Union européenne devront avoir ratifié l’accord de Paris sur le climat. Ce qui suppose un accord préalable des 28 pays membres de l’Union sur la part de chacun s’agissant des réductions de gaz à effet de serre comme contribution pour tenter de contenir le réchauffement à +2°C par rapport à la fin du XIXème siècle avant la fin du siècle en cours. En gros, cella suppose de diviser par quatre les émissions de chaque pays. Chez nous cela implique de diviser aussi par quatre la circulation sur route, de diviser d’autant la consommation énergétique des logements et des bureaux, de généraliser l’agro-écologie dans la production agricole. Il faut, de plus, prendre des dispositions pour adapter notre pays aux difficultés nouvelles induites par le réchauffement qui , quoique l’on fasse , risque d’être supérieur à 2°C quand les enfants nés au début de ce siècle seront des retraités. On ne voit rien de tout cela se dessiner en France et en Europe.
 
GÉRARD LE PUILL
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24 novembre 2015 2 24 /11 /novembre /2015 15:07

#OccupyPlateauxTV :

la valse des experts

douteux en terrorisme.

 

Salomé Brahimi France 24.11.2015 - 10 h 54 mis à jour le 24.11.2015 à 10 h 54

www.slate.fr

 

Les attentats de Paris ont donné l'occasion à de nombreux «experts» de faire état d'analyses simplistes, là où le sujet appelle des développements nuancés.

Vous ne disposez que d'une connaissance partielle voire quasi-nulle de l'antiterrorisme, des réseaux djihadistes en général et de l'organisation État islamique en particulier, mais vous souhaitez néanmoins obtenir votre rond de serviette sur les plateaux télé? Rien n'est perdu, bien au contraire. La semaine dernière, il a suffi d'allumer la télé ou la radio pour constater que l'accueil fait aux «experts» en djihadisme, questions de défense et autres anciens du renseignement est inversement proportionnel à leurs compétences. Pour dire les choses plus simplement encore: les plateaux télé et les journaux grouillent de faux experts (par ailleurs essentiellement masculins, comme nous le soulignions ici).

De ces experts en tout et rien, mais surtout en rien, on connaissait les cas les plus extrêmes et heureusement déjà identifiés. En décembre 2014, Libération avait habilement démontré que Samuel Laurent«consultant international» autoproclamé, avait truffé ses livres et ses innombrables interventions médiatiques d'approximations et de contre-vérités, notamment en ce qui concerne l'EI. Si le travail minutieux du journaliste de Libé était salutaire, un simple coup d'œil au compte Twitter de Samuel Laurent aurait permis aux programmateurs des émissions l'ayant reçu de constater que la légitimité de cet homme était, pour le moins, fort contestable. Ainsi, l'auteur de Al-Qaïda en France et de L’État islamique, publiés au Seuil, avait par exemple évoqué le djihad comme l'un des «quatre piliers de l'islam». Lesquels piliers sont au nombre de cinq, et ne comprennent pas le djihad.

 

Voir Fiche 09

 

Dans un autre genre, encore moins décomplexé, Jean-Paul Ney se définit lui comme «une grande gueule qui s'assume». Pour ce qui est de son métier, il est parfois «grand reporter», parfois «spécialiste des questions stratégiques et politiques», parfois «prof de journalisme». Il serait, d'après sa page Wikipédia, cofondateur d'une société spécialisée dans «l'intelligence et la veille stratégique sur les sujets du renseignement, de l'infoguerre, du terrorisme, de l'économie, de la géostratégie et de la géopolitique».
 

Voir Fiche 10


La référence sur Wikipédia renvoie au site de présentation de sa société Intelink lui-même: 

 

Voir Fiche 11

 

Ceux qui suivent son compte Twitter (privé) auront eux pu constater ses réguliers et violents débordements verbaux, mais c'est sûrement ce CV diablement hétéroclite et la personnalité télégénique de son propriétaire qui l'ont amené à avoir été, un temps, un invité récurrent de BFMTV et iTélé. Il ne sévit aujourd'hui plus que sur internet (mais avec beaucoup d'entrain!), et sur la chaîne i24News. Notons tout de même que si son illégitimité et ses bouffées délirantes ont été relevées par la presse, la chaîne de télévision MCE TV l'a interrogé après les attentats du 13 novembre sur «les jeunes qui partent au djihad» (sic) et l'École supérieure de journalisme (ESJ) de Paris l'a invité à donner une conférence le 29 octobre. Invitation maintenue malgré les nombreuses protestations sur Twitter. 

Samuel Laurent et Jean-Paul Ney sont néanmoins quasi-tricards et sont surtout si caricaturaux qu'ils prêtent presque à rire (voir le hashtag #teamJipoune sur Twitter). Mais ils sont les émanations les plus visibles d'un système plus insidieux, incarné par d'autres personnages moins burlesques mais aux idées tout aussi douteuses.

Ainsi, depuis les attentats qui ont ensanglanté Paris et Saint-Denis le 13 novembre, les éditions spéciales à la radio, à la télévision et dans la presse se sont multipliées. C'est bien normal. Nous avons besoin et envie de comprendre. Le problème, c'est que certaines des personnalités sollicités par les médias sont elles-mêmes largement dépassées et peu au fait des spécificités de l'EI, de ses actions et de ses protagonistes.

 

1.Les ex-agents

Il y a d'abord les «ex». Ex-agent de la DGSE (Direction générale de la sécurité extérieure), ex-patron du renseignement, ex-magistrat. Ce qui signifie donc que l'on sollicite l'expertise de personnes à la retraite, et qui sont par définition coupées des phénomènes les plus récents. Soit possiblement complètement larguées. C'est comme ça qu'un ancien chef de police peut déclarer doctement sur iTélé, à propos des kamikazes du 13 novembre, qu'«il y a certainement des porteurs de valises, comme au temps du FLN», soit une nouvelle version de la théorie de la cinquième colonne.

Ces «ex» ont certes eu, un temps, des connaissances sur les milieux djhadistes mais à une époque où le djihadisme était principalement incarné par al-Qaïda, qui, on le sait, n'a que peu de points communs avec l'EI, tant en termes de projet que de logiciel et d'idéologie. Et encore, certains d'entre eux n'ont même pas le bon CV. À l'image d'un ex-agent de la DGSE, omniprésent dans les médias cette semaine, qui n'aurait que quelques années au Service action et n'est en aucun cas un analyste comme il le revendique. 

S'il ne s'agit pas ici de jeter des noms en pâture, le cas Pierre Martinet mérite néanmoins que l'on s'y attarde. Pierre Martinet a fait la tournée des plateaux télé avec le label «ex-agent de la DGSE». Pourtant, nous apprend Abou Djaffar, blogueur et ancien des services de renseignement, alors même qu'il était encore en service, Martinet n’avait déjà pas très bonne presse, n'a effectué que quelques missions en Europe et n'a, contrairement à ce qu'il dit, qu'une connaissance lointaine des services, qu'il a quittés en 2001, et aucune expertise réelle du terrorisme. Il est pourtant brandi aujourd'hui comme un ex-agent valeureux, fin connaisseur du terrain. Il est également l'éditeur de Jean-Paul Ney, le milieu des experts douteux étant un tout petit monde.

Pour autant, il ne s'agit pas non plus de céder à une forme de snobisme et de décréter que ceux qui ne sont pas passés par le «terrain» n'ont rien à dire. Beaucoup de chercheurs et d'universitaires ont démontré qu'il était tout à fait possible de faire preuve de rigueur intellectuelle sans avoir eu à mettre les mains dans le cambouis.

Le problème, pour bon nombre de ces experts, c'est la motivation. Une motivation qui réside essentiellement dans la satisfaction de voir grimper les ventes Amazon de leur dernier bouquin ou dans le fait que chaque intervention leur permettra de mieux vendre leurs services à des société privées, grâce au tampon «vu à la télé».

 

2.Les experts Google News

Distinguons aussi ceux qu'un (vrai) spécialiste des réseaux djihadistes rassemble sous l'étiquette «les experts Google News», soit «des mecs qui peuvent tenir une heure sur iTélé en ânonnant ce qu'ils ont lu sur internet avant de venir». Les plateaux télé ont fait défiler des géopolitogues ou «spécialistes du Moyen-Orient» qui n'ont pas mis les pieds en Irak ou en Syrie depuis des années et n'ont jamais été au contact de ces jeunes djihadistes dont ils prétendent pourtant connaître parfaitement la psyché. C'est à cause de cette approche très approximative des faits que l'on entend parfois des platitudes par ailleurs fausses telles que «les djihadistes sont tout simplement fous» ou encore «ils sont drogués jusqu'à l'os».

Car ces spécialistes alimentent gaiement les lubies de certains médias. Ainsi, l'accent a exagérément été mis sur «la drogue des djihadistes» (qui n'est pour l'instant pas étayée par la toxicologie des kamikazes). Cette tendance à surréagir aux événements est presque toujours corroborée par la présence de spécialistes sur les plateaux. Parce que pendant le raid de Saint-Denis, il était envisagé qu'une femme s'était faite exploser –ce qui a depuis été infirmé–, le «Grand Journal» a consacré une partie de son émission du 19 novembre à la question «Femmes kamikazes, nouvelle stratégie djihadiste?». A priori, la femme ne s'est pas faite exploser. A fortiori, la motivation du geste de la jeune femme n'avait pas pu être élucidée. Ça n'aura pourtant pas empêché l'émission d'en parler comme d'une réelle stratégie, pendant de longues minutes, avec l'intervention, sur le plateau, d'une journaliste spécialiste de... la Tchétchénie, Manon Loizeau.

 

3.Les opportunistes

Enfin, parmi ces experts autoproclamés, il y a aussi ceux qui, par pur opportunisme et alors qu'ils savent qu'ils n'ont aucune expertise, vont tout mettre en œuvre pour faire office d'autorité sur la question djihadiste. C'est ainsi que Dounia Bouzar, anthropologue du fait religieux, va s'improviser experte en déradicalisation et asséner des théories contredites par l'EI lui-même. Ainsi, comme le relevait le chercheur Romain Caillet, alors que, selon Dounia Bouzar, les djihadistes seraient complotistes, la revue Dabiq dénonçait les théories du complot.

Par ailleurs, sans être experts du sujet, ceux et celles qui ont entendu Dounia Bouzar décréter que les djihadistes français se sont radicalisés en jouant à Assassin's creed auront pu se rendre compte d'eux même de la pauvreté intellectuelle du raisonnement. Ces théories absconses et paresseuses ne l'auront néanmoins pas empêchée de gagner auprès du gouvernement et des médias les galons de docteur ès radicalisation.

Dans cette catégorie, on peut également intégrer certaines personnalités politiques dont on a appris qu'ils étaient donc tout à la fois parfaitement au fait du processus de radicalisation ET des moyens d'enrayer le phénomène. Ainsi, le premier lundi suivant les attentats, France Inter a jugé bon d'inviter Malek Boutih, député PS de l'Essonne et auteur de «Génération radicale», un rapport de 68 pages sur le djihadisme publié en juillet 2015, pour lequel avait été auditionné... Jean-Paul Ney (souvenez-vous, la fameuse endogamie des faux experts) et qui avait immédiatement été violemment critiqué. Parmi les nombreux reproches faits à Boutih, la place accordée à la radio rap Skyrock, dont il est le directeur des relations institutionnelles. Ce qui n'a pas empêché le député de d'évoquer les «salles de rap» comme d'un frein à l'esprit républicain.

 

 

Et les journalistes dans tout ça?

Bien sûr, techniquement, ces experts ne sont pas laissés en roue libre sur les plateaux ou au micro des radios. Ils ont en face d'eux des journalistes chargés de les interroger, de demander des précisions, d'exiger des raisonnements solides au lieu de l'énonciation de certitudes. Or, et sans vouloir jouer les redresseurs de tort, ça n'est presque jamais le cas. 

Chacun de ces experts est tout à fait libre de proférer des énormités sans que jamais il ne lui soit demandé d'étayer les propos et les théories assénées. Bien sûr, les journalistes ne sont pas tous spécialistes de la question terroriste. Mais nul besoin de connaitre l'EI sur le bout des doigts pour repérer un affabulateur ou des propos approximatifs. Si la grande majorité des journalistes TV, des chaînes d'information par exemple, se laissent bercer par le babillages de ces experts, c'est surtout en vertu de la loi du bon client. Ces experts font preuve d'un aplomb bluffant, les ex-agents jouent la carte de l'ex-espion buriné et badass. La forme devient donc largement plus importante que le fond. Pire encore, certaines chaînes TV ont parfaitement conscience d'inviter des personnes peu légitimes, mais l'assument parfaitement. Notre spécialiste des réseaux djihadistes nous raconte, par exemple, qu'après avoir reproché son choix d'invité à une programmatrice radio, cette dernière lui a répondu qu'il fallait «bien nourrir la bête».

 

 

Comment repérer les bons experts? 

Comme dit plus haut, il ne s'agit pas de jeter publiquement l'opprobre en dressant la liste ad hominem de ces faux experts. Une liste qui serait par ailleurs parfaitement subjective et sujette à discussion. (Je me risque en revanche à citer Mohamed Sifaoui, omniprésent ces derniers jours, et qui en stigmatisant bêtement Latifa Ibn Ziaten, mère de l'une des victimes de Merah, mérite bien une petite ostracisation médiatique)

En revanche, selon Abou Djaffar, qui a par ailleurs dressé sur son blog la liste des personnes dont les productions sont solides et largement dignes d'intérêt, pour discerner les experts dont la parole peut être enrichissante et intellectuellement stimulante, il suffit parfois de chercher à savoir ce que ces «personnes ont produit comme intelligence». Les livres, enquêtes, travaux scientifiques dont on peut généralement détecter la qualité assez aisément ou débusquer les incohérences et approximations avec un peu de bon sens et de curiosité. 

Les experts de qualité se reconnaissent également à leur capacité à admettre leurs erreurs quand ils se sont trompés sur tel ou tel sujet, ou à renoncer à s'exprimer sur une question qui n'appartient pas à leur domaine de prédilection. Le bon expert se reconnaît aussi probablement à sa rareté, dans la mesure où il préférera le plus souvent consacrer du temps à ses recherches qu'à se faire engueuler chez Bourdin. Enfin, l'expert fiable, sincère, qui se refuse à hystériser un débat déjà épidermique, ce sera celui à qui l'on aura pas envie de dire «Merci, tout est beaucoup plus clair» après son intervention. Mais plutôt, «Merci, tout est beaucoup plus compliqué maintenant». Car sur la question djihadiste, plus que sur beaucoup d'autres sujets, les raisonnement simplificateurs et les dogmes contribuent à créer de fausses représentations mentales, qui, si elles nous rassurent parfois, restent de mauvais dignostics posés sur un mal bien réel.

 

 

Salomé Brahimi

 

in www.slate.fr

 

Les Fiches 09, 10, 11 captures d'écrans.

 

Fiche 09

Fiche 09

Fiche 10

Fiche 10

Fiche 11

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8 novembre 2015 7 08 /11 /novembre /2015 15:28

Le malheur arabe

 

Samedi 07 Novembre 2015 à 19:45

Jacques Julliard pour Maranne.net

 

 

Le malheur arabe s’est mis en marche en Syrie. Et il est prêt à tout faire pour échapper à ses bourreaux. Tout faire, c’est-à-dire prendre la fuite. Ce serait une lourde erreur que d’imaginer que les Syriens qui frappent en rangs serrés à toutes les frontières de l’Europe, ne font que tenter d’échapper provisoirement aux bombardements et à la guerre.

 

Et si l’on arrêtait de se raconter des histoires ? Si les « réacs », Front national en tête, arrêtaient de faire croire que l’on pourrait stopper le flot montant des migrations vers l’Europe, à coups de frontières fermées, de murs de barbelés et de troupes en armes ? Et si les bien-pensants de la gauche morale arrêtaient de nous faire croire qu’un tel afflux est en toutes circonstances une « chance pour la France » ? Si les uns reconnaissaient qu’un tel barrage est impossible, les autres, qu’un afflux massif coûterait très cher ? Je demeure stupéfait, et même épouvanté, devant l’incapacité des milieux dirigeants face à une situation nouvelle de faire autre chose que la répétition de leurs rengaines et d’anticiper sur la situation qui se profile à l’horizon.

Le fait nouveau, c’est le malheur arabe. Ou plutôt, car ce malheur date de plusieurs décennies, que ce malheur s’est mis en marche. Etre arabe aujourd’hui, à des degrés divers et sous des formes différentes, c’est être dominé, manipulé, abêti, méprisé, formaté, embrigadé, écrasé, et pour finir emprisonné, torturé, massacré par les deux dictatures qui règnent à tour de rôle dans la même aire géographique, la dictature militaire et la dictature islamiste. Elles se combattent à mort, mais elles sont complices pour entretenir le peuple dans un état d’infantilisme et de minorité perpétuel.

Excuser la dictature militaire parce qu’elle protégerait les populations du fanatisme religieux, c’est oublier que c’est justement cette dictature qui alimente les progrès de ce fanatisme. Traiter avec indulgence l’islamisme radical sous prétexte qu’il serait la « religion des pauvres », ce serait excuser le national-socialisme sous prétexte qu’il était, parmi d’autres, le parti des ouvriers allemands. Je ne sais, de ces deux dictatures, laquelle est la pire ; je ne sais où est le moindre mal. Ou plutôt si : dans mon for intérieur, je pense que la pire est la dictature religieuse ; d’abord parce qu’elle est la plus longue, la plus difficile à éradiquer ; mais surtout parce qu’elle ne se contente pas des horreurs de la contrainte étatique ; elle exige de ses victimes un consentement actif, une adhésion de l’âme.

Le malheur arabe, disais-je, s’est mis en marche en Syrie. Il est prêt à tout faire pour échapper à ses bourreaux. Tout faire, c’est-à-dire prendre la fuite. Ce serait une lourde erreur que d’imaginer que les Syriens qui frappent en rangs serrés à toutes les frontières de l’Europe, ne font que tenter d’échapper provisoirement aux bombardements et à la guerre. C’est la Syrie elle-même qu’ils fuient de façon définitive. Voyez ces enfants, ces bébés parfois à qui leurs mères ont mis leurs meilleurs habits avant d’affronter la mer, la tempête, la boue des chemins qui mènent à l’exil et à la délivrance. Le petit Aylan avait des baskets neuves. Ecoutez les pères : ils ne parlent guère de leur retour en Syrie, mais de leur volonté de refaire leur vie en Europe et de donner une bonne instruction à leurs enfants. Il n’y a pas de billet de retour sur les rafiots des boat people.

Si cette analyse est exacte, alors il faut considérer l’exode syrien comme la première étape d’un processus appelé à durer des années et à concerner toujours plus directement la France qu’il ne l’a fait jusqu’ici. Que se passera-t-il le jour où Bouteflika, cette momie qui prolonge en Algérie les incertitudes d’une veillée d’armes, passera de la mort virtuelle à la mort déclarée ? Il est à craindre que la lutte entre l’armée et les islamistes radicaux ne reprenne de plus belle, avec une férocité redoublée. Cette lutte, que le pays a déjà connue une première fois, faisant quelque 200 000 morts, se déroulerait à quelques centaines de kilomètres de notre côte méridionale. Nous nous sommes jusqu’ici assez bien accommodés du chaos libyen parce que les fugitifs avaient pour première destination l’Italie, qui pourtant n’a cessé de crier à l’aide dans le désert européen. Demain, c’est la France qui serait en première ligne.

Encore n’ai-je rien dit de ce qui se passerait en Egypte si les Etats-Unis et l’Arabie saoudite cessaient brusquement de soutenir à bout de bras un pays exsangue de plus de 80 millions d’habitants. Je n’ai pas de solution toute prête. Je voudrais seulement que l’on tire les conséquences de ce qui se déroule sous nos yeux.

D’abord en cessant de faire de la question des migrations un instrument de politique intérieure sans rapport avec la situation réelle et encore moins avec des solutions concrètes. Aux politiques, c’est demander l’impossible, mais la population française doit répondre par une sagesse indomptable à l’imprévoyance et à la démission permanente de ses dirigeants.

Et à la jobardise de ses intellectuels. Le communautarisme, c’est-à-dire la juxtaposition sur un même territoire de populations de plus en plus diverses par l’histoire, la langue, la culture, la religion, est lourd des guerres civiles de demain. Or, la politique poursuivie à l’école depuis des années ne va pas dans le sens d’une homogénéisation indispensable des diverses composantes de la population. Oui, plus que jamais, la mission de l’école est d’intégrer. A force d’insister sur l’identité de chacune de ses composantes, on a fini par perdre de vue l’identité de la nation elle-même. De grâce, ne nous racontons pas d’histoires : la seule garantie véritable de la paix entre les citoyens, c’est l’existence d’une culture commune, voulue par tous et défendue par tous. 

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